Concours

Mercredi 25 juin 2008

Œdipe[1], retour et détour

 

Présentation

 

Œdipe roi, Sophocle (tragédie grecque, 420 av. J.-C.)

La cité de Thèbes est atteinte par une malédiction « la mort la frappe dans les germes où se forment les fruits de son sol, la mort la frappe dans ses troupeaux de bœufs, dans ses femmes qui n’enfantent plus la vie[2] » Œdipe, roi de Thèbes, aimé de tout son peuple est imploré pour qu’il délivre du mal cette ville qui le fit roi. Œdipe prend le malheur des thébains pour le sien « il n’est pas un de vous qui souffre autant que moi » mais quelle est l’origine de ce mal ? Il faut trouver le coupable du meurtrier de Laïos, tant qu’il ne sera pas découvert la ville ne vivra pas en paix. OEdipe apprend qu’avant qu’il ne gouverne la cité, le prince s’appelait Laïos, le premier époux de Jocaste, en voulant aller consulter un oracle, il serait tombé sous les coups de brigands, c’est ce qu’un de ses serviteurs, qui avait échappé à la mort, a rapporté.

OEdipe décide de mener l’enquête « je me charge de la cause de la folie de Thèbes et du dieu (…) j’entends chasser d’ici cette souillure (…) lorsque je défends Laïos, c’est moi-même que je sers » Il proclame même la sentence qu’il réserve au coupable « je veux que tous (…) le jettent hors de leurs maisons, comme la souillure de notre pays ».

Créon, son beau-frère, lui conseille de consulter le devin Tirésias pour connaître la vérité.

Œdipe l’envoie chercher pour écouter ses dires. Tirésias, aveugle, guidé par un enfant, sait qui est le coupable mais ne souhaite pas parler de peur des conséquences « qu’il est terrible de savoir, quand le savoir ne sert de rien à celui qui le possède ». Œdipe s’exaspère devant l’attitude du devin « comment ? Tu sais et tu ne veux rien dire ! Ne comprends-tu pas que tu nous trahis et perds ton pays ? » Finalement, Tirésias face à la colère et à l’arrogance d’Œdipe finit par révéler que le coupable n’est autre que… Œdipe lui-même. « je dis que c’est toi l’assassin recherché (…) sans le savoir tu vis dans un commerce infâme avec les plus proches des tiens, et sans te rendre compte du degré de misère où tu es parvenu ». Œdipe refuse une telle déclaration, il s’emporte et menace Tirésias. Il cherche alors un coupable en la personne de Créon, qui lui recommanda l’intervention du devin. Il croit à une machination, un complot.

Jocaste, sa femme, intervient à ce moment dans cette controverse et cherche à le convaincre de ne pas croire aux oracles. Elle lui raconte qu’elle reçut des prophéties qui ne se sont pas produites « un oracle arriva jadis à Laïos (…) le sort qu’il avait à attendre était de périr sous le bras d’un fils qui naîtrait de lui et de moi. Or, Laïos (…) ce sont des brigands qui l’ont abattu, au croisement de deux chemins et l’enfant (…) Laïos (…) l’avait fait jeter sur un mont désert. » Cependant une série de rebondissements s’en suit.

1) OEdipe se souvient alors qu’il a tué un homme « au croisement de deux chemins ». Il commence à se soupçonner. Il veut aller plus loin dans l’enquête et souhaite parler au serviteur de Laïos qui fut rescapé de l’attentat. Lui seul a vu le ou les assaillants et peut témoigner.

OEdipe raconte alors à Jocaste, son origine et pourquoi il a dû fuir Corinthe « mon père est Polybe, roi de Corinthe  ma mère Mérope, (…) pendant [un] repas au moment du vin, dans l’ivresse, un homme m’appelle « enfant supposé » (…) alors sans même prévenir mes parents je pars pour Pythô ; et là Phoebos me renvoie (…) le plus lamentable destin : j’entrerais au lit de ma mère, je ferais voir au monde une race monstrueuse, je serais l’assassin du père dont je suis né. »

2) un messager de Corinthe vient apprendre à Œdipe que Polybe est mort. Il va même plus loin en lui rapportant qu’il n’est pas le fils de Polybe. C’est ce corinthien qui autrefois avait trouvé Œdipe enfant « dans un val du Cithéron boisé » un berger lui avait remis ce bébé aux pieds percés. Il le confia à Polybe et à sa femme qui désiraient depuis longtemps un enfant qu’ils ne pouvaient avoir. Il est donc bien un fils adopté. Mais qui sont alors ses véritables parents ? Il veut connaître la vérité et envoie chercher ce berger.

3) il apprend de sa bouche qu’il est bien le fils de Laïos et que c’est Jocaste, sa vraie mère, qui a voulu abandonner son fils pour échapper à une terrible prophétie  « elle avait peur d’un oracle des dieux »

Désormais la vérité est évidente et irréfutable

« Je me révèle le fils de qui je ne devais pas naître, l’époux de qui je ne devais pas l’être, le meurtrier de qui je ne devais pas tuer ». Les conséquences sont dramatiques. Jocaste, se suicide en se pendant au plafond de sa chambre, Œdipe se crève les yeux « ainsi ne verront-ils plus ni le mal que j’ai subi, ni celui que j’ai causé (…) de quels yeux, descendus aux enfers  eussé-je pu si j’y voyais, regarder mon père et ma pauvre mère. »

Œdipe, aveugle, est alors condamné à l’exil mais accompagné de ses deux filles/soeurs Ismène et Antigone.

 

Le crime du père[3]

 

Le premier point à mettre en lumière, à la lecture de Sophocle et des différentes versions du mythe[4], tient au comportement des parents d’Œdipe, notamment du père, Laïos, le roi de Thèbes. Il faut remonter bien avant la naissance d’Œdipe et « fouiller » à la manière d’un archéologue dans la jeunesse de Laïos.

Laïos est encore qu’un enfant quand il perd son père, le roi de Thèbes, Labdacos. Il est cependant chassé de la succession du trône du défunt spuverain, et de sa cité natale. Il trouve refuge chez le roi Pelops. Le jeune Laïos tombe amoureux du fils du roi, Chrysippe, et le harcèle pour avoir une relation sexuelle avec lui. Chrysippe pour échapper à l’emprise de Laïos se tue. Son père, poussé par la colère et le chagrin, lance alors contre Laïos une imprécation qui condamne sa race (sa lignée) au tarissement, au bannissement. Le destin d’Œdipe semblait donc scellé avant qu’il ne naquît, car il était un enfant qui ne devait pas naître.

Lorsque Laïos apprend la prophétie de l’oracle de Delphes, que son fils causerait sa mort, il n’hésite pas à demander à l’un de ses serviteurs d’abandonner son nouveau-né dans la montagne pour qu’il soit dévoré par les bêtes sauvages ou par les oiseaux. Non seulement il ne veut pas se salir les mains mais il préfère sacrifier sa propre progéniture plutôt que de risquer sa vie, et qui plus est, il agit en pleine conscience.

En contraste, Œdipe tue son père en parfaite méconnaissance[5], ignorant que l’homme qui meurt sous ses yeux est son géniteur. Nous serions alors tentés de dire que le premier « crime fondateur » de ce mythe tient au père.

Nous pouvons mettre en parallèle, l’attitude du père de Danae qui jette à la mer sa propre fille et son bébé (Persée) pour échapper lui aussi à la prophétie de l’oracle qui lui avait prédit que son petit-fils le tuerait. Dans ces deux mythes, non seulement la peur d’une mort annoncée n’est pas assumée, mais elle pousse l’homme dans son pire retranchement : tuer sa propre descendance, autrement dit, nier sa « survie ».

 

 

Le châtiment

 

Un autre point essentiel à fouiller est le moment où Œdipe se crève les yeux. Pourquoi un tel geste aussi cruel et atroce à son égard ?

Œdipe est intelligent, il est le seul capable de résoudre l’énigme de la Sphinge[6], pourtant il ne cesse de se tromper, il tue un homme ; c’est son père, il épouse une femme ; c’est sa mère, il a des enfants avec elle ; ce sont ses demi-frères et demi-sœurs. A chaque fois il brise un tabou social (parricide, inceste) sans même le voir. A quoi lui servent alors ses yeux ? à se tromper… il ne voyait pas qu’ils provoquaient son propre malheur. Tout ce qu’il avait sous sa vue était le contraire de la réalité. Dès lors qu’il apprend qu’il couchait avec sa mère et qu’il a tué son père, il se sent coupable et s’en prend à la source de ses « crimes » : ses yeux.

A aucun moment il ne rejette la faute sur son père qui l’a abandonné et qui a voulu s’en débarrasser. Il ne doute pas de sa responsabilité. Il se mutile pour se punir et par la même pour ne plus voir les apparences qui l’ont conduit à sa tragédie[7].  

Pouvons-nous dire pour autant que ce châtiment est une délivrance ? Difficile de répondre par l’affirmatif, Œdipe veut mettre fin à une souffrance (être face à une insupportable vérité) mais en recourant à une violence à son égard. Il semble que c’est le prix qu’il doit payer pour continuer de vivre, car à la différence de Jocaste[8], sa mère (qui était devenue son épouse et la mère de ses enfants)  il ne se suicide pas. Tuer (lui-même) n’est pas sa réponse, est-ce là un écho raisonné et assumé à l’intention originelle de son père à son égard ?

 

 

L’ignorance

 

Il ne faut pas oublier, qu’avant d’apprendre la vérité de ses origines, Œdipe ignore tout de celles-ci. Il se croit le fils de ses parents adoptifs, le roi de Corinthe Polybe et sa reine Mérope. Il pense même être un roi légitime, c’est le peuple de Thèbes qui l’a imposé en récompense de sa victoire sur la Sphinge. Tout le problème vient de là : il ne sait pas qui il est. Et quand il l’apprend c’est trop tard, le mal a déjà répandu son venin. Pourtant sa conscience l’accuse, malgré toutes ces circonstances pour le moins atténuantes.

Pourquoi alors une telle sentence à son égard ? Il faut peut-être comprendre que la faute revient toujours au fils, jamais au père, au nom d’un principe hiérarchique. Ou alors que l’homme est toujours responsable de ses actes même quand il agit dans l’ignorance. L’énucléation d’Œdipe, paradoxalement, l’éloigne de l’ignorance, autrement dit des apparences, ces formes visibles qu’il prenait pour ce qu’elles n’étaient pas. Se rapproche-t-il pour autant de la sagesse ? Rien n’est moins sûr. D’après certains récits Œdipe, après cet acte, aurait erré à travers le monde accompagné de sa fille/demi-sœur Antigone. L’errance, le bannissement c’est la punition qu’Œdipe lui-même avait prévu pour le meurtrier de Laïos. D’une certaine manière Œdipe applique une logique implacable, tout son destin lui a échappé, en aucune manière il n’a pu empêcher le cours des choses mais il semble assumer ses actes.

 

 

La quête de soi

 

Nous pouvons nous demander, également, si la quête de soi, de ses origines, de son identité est pour l’homme souhaitable. Avant d’être forcé de tout révéler, le devin Tirésias ne désirait pas parler pour épargner à Œdipe une vérité trop cruelle « les malheurs viendront bien seuls : peu importe que je me taise et cherche à te les cacher [9]». Œdipe lui-même nie les révélations de Tirésias, il refuse de voir l’évidence se dessiner peu à peu devant lui. Au fur et à mesure qu’il se rapproche de la vérité, la tension monte, la peur et l’effroi s’emparent de lui. Œdipe est un complexe de paradoxes : il croit savoir mais il ignore tout ;  plus il s’éloigne du lieu qu’il croit néfaste (Corinthe) et plus il se rapproche du lieu de son fatidique destin (Thèbes) ; il enquête sur le meurtrier du roi Laïos, il prononce le bannissement à son égard, finalement il découvre qu’il est l’auteur de ce crime ; en résolvant l’énigme de la Sphinge, il croit libérer les habitants de Thèbes du mal, en fait il les précipite dans le malheur ; et quand toute la vérité éclate, il tombe dans la souffrance, la disgrâce et l’errance.

Quoi qu’il en soit, à la lecture de ce mythe, nous pensons que la connaissance de soi ne peut être un repoussoir. Si une grande partie de son existence lui échappe, l’action de se mutiler n’est pas un acte de folie, dernière cette cruauté qu’il s’inflige, OEdipe apporte malgré tout une réponse choisie, délibérée.

 Il sait qui il est et d’où il vient « je suis le fils de ceux pour qui naître était un crime ». La vérité ne conduit pas inexorablement à un tel drame, ce qui n’est plus supportable, comme une lumière aveuglante, ce sont les tabous de la société qu’il a brisés : l’inceste, le parricide, et toutes leurs conséquences répandues sur lui et la ville de Thèbes. Le social et l’individu sont étroitement liés dans ce mythe, nous serions tentés de dire en interaction. Qui suis-je ? n’est pas seulement une question existentielle, elle renvoie aussi à l’image de soi dans une société (fils de, époux de, père de…). Œdipe était devenu une fournaise de confusions impossibles à surmonter pour une conscience ou pour une société : mari de sa mère, père de ses frères et sœurs, meurtrier de son père.

 

Un archétype de l’homme (άνθρωπο / anthropos)

 

Jean-Paul Vernant parle volontiers d’Œdipe comme un être « inversé, double »[10], de souverain légitime et adulé il finira exclu, rejeté comme une « souillure », exilé. Il passe d’une condition à une autre sans changer sa nature ; mari et père il se découvre incestueux et parricide. Œdipe est un mythe reversant et dont toute l’action repose sur une série de renversements. Le basculement tient à la résolution d’une énigme : qui a tué Laïos ?

Quand Œdipe découvre, par lui-même, et au terme de sa propre enquête, qu’il est le meurtrier, tout se renverse et se déverse sur lui, notamment la « souillure » que le meurtre de Laïos avait apportée sur Thèbes.

Œdipe, le seul à avoir résolu l’énigme de la Sphinge qui plongeait la cité de Thèbes dans le malheur, n’a pas su ou pu se déchiffrer[11]. Il était le contraire, un « inversé », de ce qu’il croyait être. OEdipe a voulu savoir (qui avait tué Laïos ?) il s’en est donné tous les moyens, l’interrogation lui paraissait juste, légitime, saine et fondamentale pour le bien être de son peuple. Cependant la vérité l’a dépassé et l’a renversé. D’un extrême (roi, souverain) il est passé à un autre (exilé, souillé), entre ces deux situations où est vraiment la place de l’anthropos ? Jean-Paul Vernant, à cette question, a peut-être la meilleure réponse : dans « l’interrogation »[12]. L’enjeu à cet égard est en effet double : social et individuel.

Une société a besoin de règles, de stabilité, de poser des limites, de structurer un ordre. En brisant, à son insu, les tabous de l’inceste et du parricide, Œdipe déstabilise et menace l’ordre social. Quand il met en lumière (εγο φανο / ego phano) l’origine du mal, il comprend que les transgressions qu’il a commises le rendent « monstrueux ». Il devient ainsi le pendant de la Sphinge, elle posait une énigme à la société qui ne sachant y répondre la mettait en péril. Or Œdipe était lui-même une énigme, son déchiffrement ne pouvait causer que sa perte, car c’était toute l’horreur de ce qu’il était réellement qui était découverte (meurtrier de son père, mari de sa mère, frère de ses fils et filles, avait-on déjà « vu » un tel être ?) et tout l’édifice social était également en grave danger.

Ainsi, l’enfant qui ne devait pas naître a provoqué un chaos[13] (χάος) autrement dit un retour à l’état de confusion des éléments ayant précédé le monde (κοσμος). L’homme est, successivement et naturellement, enfant, adulte et vieillard, (fils/fille, père/mère, grand-père/grand-mère) il ne peut être les trois en même temps, en une seule « voix » en une seule « forme » sous peine de devenir un monstre pour lui-même et la société. Œdipe n’est pas un coupable, il est une victime[14] de la nécessité « de l’ordre des choses » social et cosmique, défini d’ailleurs par le mythe de Prométhée qui explique que « les hommes ne naîtront plus directement de la terre [mais de] la femme [et] ils connaîtront la naissance, l’engendrement, par conséquent le vieillissement, la souffrance, la mort [15]».

 

 

 

En guise de conclusion

 

Un mythe (μϋθος / mutos) n’est pas un simple récit mais bien plutôt une transmission de la mémoire. Il est porteur d’un héritage, d’un enseignement, d’une « pédagogie » serions-nous tentés de dire. Le  mythe et la tragédie d’Œdipe mettent en lumière plusieurs aspects de l’existence humaine :

Tout d’abord, la responsabilité intergénérationnelle (le crime du père rejaillit sur le fils), ensuite l’importance des lois (limites) pour la survie de la société et de l’individu et enfin que la quête de soi est source de vérité, fût-elle « renversante ».

Œdipe est un homme de volonté, il veut savoir, il s’en donne les moyens, simplement la vérité qu’il a découverte, sur lui-même, l’a dépassé, presque écrasé mais ne l’a pas tué. Selon différentes traditions, guidé et accompagné de sa fille Antigone, il serait parvenu jusqu’en Attique, à Colonne et aurait été purifié de son « crime » par Thésée. Un oracle aurait même prédit que sa sépulture deviendrait un lieu sacré.  

 

Le mythe agirait donc comme un miroir, il nous renvoie des aspect de nous-mêmes que peut être nous ne soupçonnions pas mais qui nous invitent à mieux nous connaître, pour ne pas rester dans l’ignorance, source de tous nos malheurs.  Il est donc à la fois renseignement et enseignement, une sorte de pédagogue (παιδαγωγός) au sens grec, à savoir celui qui conduit l’enfant (que nous sommes tous) à l’école (le lieu où nous apprenons). Si le mythe n’est ni la réalité ni la vérité, il est tout au moins un guide éclairé dans un monde et une existence qui, parfois, semblent si obscurs et si difficiles à déchiffrer.

 

 

 



[1] Deux significations du nom d’Œdipe (Оιδιπους / oi dipous) sont possibles. Jean-Paul Vernant propose « bipède » (δι πους / deux pieds) autrement dit l’être humain (άνθρωπος  / anthropos). L’autre « qui a les pieds enflés» (οιδεω / être enflé ;  πους / pieds), en référence à ses chevilles percées par le serviteur du roi Laïos  pour l’accrocher à un arbre et le livrer aux bêtes sauvages. Cette blessure aux pieds est indélébile, elle le rend « boiteux », instable, déséquilibré dans sa démarche comme dans sa symbolique.

[2] Les citations sont extraites de Œdipe Roi, Sophocle (traduction de Paul Mazon) éditions Les belles lettres/Poche.

[3] Bien que dans la pièce de Sophocle, Jocaste apparaisse comme l’initiatrice de l’abandon de l’enfant, selon les autres traditions du mythe c’est bien le père, Laïos, qui veut se débarrasser de son fils.

[4] Sur les sources écrites les plus anciennes, en dehors de Sophocle, que l’histoire nous a léguées, nous pouvons mentionner, Homère l’Iliade et l’Odyssée (IXème et VIIIème Av. J.-C.) Hésiode Les travaux et les jours (VIIIème Av. J.-C.) Euripide, Phéniciennes (Vème Av. J.-C.)  Eschyle Les sept contre Thèbes (Vème Av. J.-C.) Apollodore Bibliothèque (IIème Av. J.-C.)

[5] Œdipe (le fils, adulte) et Laïos (le père) se rencontrent fortuitement au détour d’un chemin étroit. Aucun des deux ne sait qui est l’autre, ils sont chacun sur leur char et se font face. Cependant ils refusent de se céder le passage. Laïos considère que son char royal a la priorité et que c’est à ce jeune arrogant de se retirer. S’en suit une bagarre dans laquelle Laïos perd la vie. Estimant qu’il ne s’agit que d’un incident et qu’il était en légitime défense, Œdipe reprend sa route.

[6] Ce monstre, mi-lionne, mi-femme, pose aux habitants de Thèbes une énigme, « quel est l'être qui a deux pieds, trois pieds, quatre pieds sur la terre mais une seule voix  (une seule forme) ? » Ceux qui ne peuvent y répondre sont mis à mort. Seul Œdipe, en répondant qu’il s’agit de « l’homme »,  triomphe de la Sphinge qui se suicide devant sa défaite. Il délivre ainsi Thèbes de cette menace, et se voit accorder, en récompense, le trône de la cité et la main de la reine Jocaste.

[7] Le mot τραγδία / tragôdía est composé de τραγος / trágos, « bouc » et δή / ôdế, « chant », certains voient dans « ce chant du bouc » l’expression de la plainte de l’animal mené à l’autel sacrificiel, mais rien n’est moins sûr

[8] Odyssée XI : 270 : « Quant à la reine (Jocaste)… elle avait, en proie à la douleur, attaché un lacet au plafond élevé de son palais. »

[9] Œdipe roi, Sophocle, 341, Les Belles Lettres (traduction Paul Mazon).

[10] « Ambiguïté et renversement. Sur la structure énigmatique d’OEdipe roi », in Mythe et tragédie en Grèce ancienne Jean-Paul Vernant, Pierre Vidal-Naquet (tome 1) éditions La Découverte/Poche, 2001.

[11] Tirésias à Œdipe « (…) tu me reproches d’être aveugle ; mais toi, toi qui y vois, comment ne vois-tu pas à quel point de misère tu te trouves à cette heure » Œdipe roi, Sophocle, 414-416 (édition Les belles lettres/poche) traduction de Paul Mazon.

[12] Ibid.

[13] Nous renvoyons le lecteur aux répliques troublantes de Sophocle dans Œdipe roi, 437-438  (édition Les belles lettres/poche) traduction de Paul Mazon.

Œdipe – « De qui suis-je le fils ?

Tirésias – ce jour [quand OEdipe l’apprendra] te fera naître et mourir à la fois. »

[14] « (…) mes actes je les ai subis plus que commis (…) c’est sans rien savoir que j’en suis où je suis » (265 ;273) Œdipe à Colone, Sophocle, (Traduction Bertrand Chartraux) éditions Ecritures Théâtrales.

[15] In Mythe et pensée chez les Grecs, Jean-Paul Vernant, (éditions de la découverte).

Par bouyer stéphane - Publié dans : mythologie grecque
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Jeudi 29 mai 2008

Héraclès

 

Fils de Zeus et de Alcmène (réputée pour être la dernière femme mortelle avec qui Zeus a couché) Héraclès fut abandonné dès sa naissance par sa mère, tant elle craignait la colère d’Héra (l’épouse légitime de Zeus). Grâce à un stratagème de Zeus, et en toute ironie, c’est Héra elle-même qui donna le sein et donc le premier allaitement à Héraclès. Celui-ci tira tellement fort sur le téton, qu’Héra, de douleur, retira l’enfant de son sein et le jeta au sol. Une coulée de lait traversa alors le ciel qui allait ainsi donner naissance à… « la voie lactée ».

Après cet épisode, Alcmène put récupérer son enfant qui fut élevé par sa mère, et son père adoptif, Amphitryon.

« Adoptif » est un euphémisme, car pour que Zeus couchât avec Alcmène, il prit les traits de son mari Amphitryon, sachant qu’elle lui était fidèle et incorruptible. Quand Amphitryon comprit que Zeus l’avait trompé avec sa propre femme, la peur que lui inspirait le dieu des dieux, le rendit lâche ou prudent (selon l’interprétation en pareille circonstance) et renonça à dénoncer l’adultère.

Héraclès est un enfant né d’une supercherie et d’un amour surnaturel[1], ainsi à l’égal d’un Achille ou d’un Persée, il est mi-homme, mi-dieu.

Cette conception exceptionnelle fit d’Héraclès un enfant hors du commun, pour une destinée unique et emblématique.

Dès son enfance, alors qu’il était encore dans son berceau, il tua de ses propres mains deux serpents envoyés par Héra pour se venger de l’affront de son mari.

Cependant ce statut si particulier et si ambivalent, donne à Hercule toute la dimension symbolique de la complexité inhérente à l’humanité, constamment tiraillée entre l’animalité (le retour à la bestialité) et l’humanité (la raison)[2].

 

Le mythe d’Héraclès, de sa naissance jusqu’à sa fin (mais peut-on parler de « fin » pour Hercule[3] ?) nous raconte l’histoire d’un être qui oscille entre l’héroïsme (ses nombreux exploits contre des monstres) et la folie (il tue ses propres fils), la raison et le crime, la liberté et la soumission. Qui plus est il n’est ni insensible ni invulnérable, et il se retrouve en quête du repentir, de la purification, de la « rédemption ».

Contrairement aux apparences, notamment sa force légendaire quasiment unique et d’inspiration divine (capable de supporter le poids des cieux) Héraclès choisira la voie de l’épreuve, du labeur, de la servitude, de l’exploit pour atteindre son but.

Sa vie, à elle seule, symbolise la difficulté de tout être humain, doué d’une énergie et d’une raison, à canaliser sa force (ses pouvoirs) et à gouverner à bon escient son esprit.

Héracles choisira la voie de la Vertu non pas par masochisme, ou par pure vanité, se croyant au-dessus de tous et de tout, mais par la prise de conscience du sens de l’existence humaine. En effet, la mythologie grecque rappelle constamment que « seuls les dieux n’ont pas de soucis » comme celui de se nourrir chaque jour, et de se procurer cette nourriture, pour rassasier le corps et l’esprit. Depuis la fin de « l’âge d’or » où les hommes cohabitaient avec les dieux, et depuis le fameux partage entre les hommes et les dieux accompli par Prométhée, rien n’est épargné aux humains. Ni la mort, ni la maladie, ni la souffrance, ni la famine, ni le travail, l’homme doit « se battre » pour conquérir sa liberté (sa survie), et cette lutte doit se renouveler chaque jour.

 

Héraclès, avant ses célèbres travaux, délivre Thèbes, sa ville natale, de l’oppression des Mycéens, il épouse la fille du roi, qui lui donne des enfants, il est respecté, vénéré, son destin de père et de futur monarque semble tracé et droit. Cependant Héra n’a jamais oublié qu’il est à ses yeux la personnification de l’affront que Zeus lui fit en couchant (encore une fois) avec une mortelle. Héra est réputée pour avoir la rancœur et la vengeance tenaces. Devant la réussite d’Héraclès, elle use de ses pouvoirs pour le rendre fou. Il perd alors sa raison et tue six de ses enfants.

Cet épisode va contrecarrer toute sa destinée, quand il recouvre la raison et prend conscience de son acte monstrueux, il consulte l’oracle de Delphes pour savoir quelle voie il doit suivre pour se purifier d’un tel crime. L’oracle lui prédit une servitude auprès d’Eurysthée, roi d’Argos, pendant douze ans et d’accepter tous les travaux que celui-ci lui ordonnera. D’homme libre et presque heureux il passe alors à la condition d’esclave. Le crime appelle le châtiment, Héraclès ne peut y échapper d’autant plus qu’il cherche le repentir.

Ses travaux et ses exploits seront alors une sorte de parcours initiatique vers l’illumination (la vie immortelle),  ou le bien et le mal s’affrontent[4], un chemin expiatoire du crime ou de la faute « originelle » qui le conduit à la quête du salut de son âme et à l’immortalité.

 

La légende va retenir douze travaux imposés par Eurysthée.

 

Parmi ceux-ci, nous pouvons distinguer des combats contre des monstres ; le lion de Némée, L’hydre de Lerne (le serpent à têtes multiples), le chien Cerbère (gardien des enfers), contre des animaux ; les juments (anthropophages) de Diomède,  le sanglier de l’Erymanthe, la biche aux cornes d’or de Kérynia, les oiseaux du lac du Stymphale, le taureau de Crète, les vaches de Géryon, mais aussi un affrontement contre la matière (la bouse - terre et eau - des étables d’Augias), un exploit (avec ou sans violence selon les traditions) contre des êtres extraordinaires, les Amazones, à qui il dérobe la ceinture de la reine, et enfin une cueillette surnaturelle des pommes d’or des Hespérides.

Tout au long de ces travaux, Héraclès utilisera non seulement sa force (contre le lion de Némée il l’étrangle de ses mains) mais aussi son ingéniosité (pour nettoyer, en un seul jour, les étables du roi Augias il détourne le cours d’un fleuve), sa ruse (il pousse les jugements à dévorer leur propre maître, Diomède, afin de les rassasier et de les domestiquer), sa ténacité (il poursuit une année durant la biche aux corne d’or pour l’épuiser et la capturer).

Tel Odysseus, il sera amené à entreprendre de longs et grands voyages sur terre, sur mer et au-delà de l’humanité (l’Enfer, le jardin des Hespérides).

La fin des travaux (à la seule gloire d’Eurysthée) marque celle d’une expiation. Héraclès a payé pour sa faute, le meurtre de ses fils. Cependant, sa vie et ses exploits ne s’arrêtent pas là.

Héraclès, n’oublions pas, est un archétype de la complexité de l’humain, c’est un «héros paradoxal », capable des plus grands exploits mais aussi de crimes atroces, balançant entre raison et folie, exploits physiques et maladies, se battant pour arracher sa liberté et la perdant si facilement pour tomber dans la servitude.

Il commettra un autre crime, celui d’Iphitos, le frère d’une femme qu’il devait épouser. Pour l’expier, il est vendu comme esclave à la reine Omphale, pour dédommager le père de la victime.

Héraclès est de nouveau humilié, esclave, il doit qui plus est, s’incliner à genoux devant… une femme. L’homme le plus fort du monde, vainqueur de monstres réputés invincibles, se retrouve impuissant aux pieds d’une femme. Cette ironie n’est pas sans rappeler l’histoire du Sanson de la Bible, tueur (lui aussi) de lion à mains nues et pourtant incapable de résister aux charmes et à la ruse féminine de Dalila, au point de perdre toute sa force et lui-même de devenir un prisonnier et un esclave.

La captivité d’Héraclès chez la reine Omphale durera une année au cours de laquelle, il serait devenu finalement son amant et avec qui il aurait eu un fils, Lamos.

 

Sans revenir sur la mort/résurrection (voir note 3) d’Héraclès, qui lui confère une dimension épique et mythique indéniable, le qualificatif qui le caractérise le mieux est celui, déjà mentionné, de  héros paradoxal. Il n’est pas tout puissant malgré ses prouesses physiques uniques, son comportement est marqué par des crimes, des pertes de raison, des servitudes. Ses déviances et ses travaux rédempteurs le rendent finalement profondément  humain  dans le sens d’une existence où des valeurs contradictoires (le bien et le mal, le juste et l’injuste…) se disputent sans cesse la gouvernance de la conscience et du devenir de l’homme.

En cela, le mythe d’Héraclès n’est pas seulement jubilatoire, dans la narration de ses exploits, mais aussi et surtout il se présente comme un archétype, une sorte de miroir où chacun peut observer notre condition humaine, dans toute sa complexité, et avec toutes ses contradictions.



[1] Zeus à qui rien n’est impossible, tripla la durée de la nuit pour l’aimer comme elle le méritait

[2] Tout ceci nous renvoie inexorablement au mythe de Prométhée qui va jusqu’à défier Zeus le dieu de l’Olympe, et se sacrifier, pour apporter aux hommes les moyens de sortir de l’animalité en leur donnant le feu, source de lumière et d’énergie, que les dieux voulaient se réserver.

[3] C’est par un drame que son histoire aurait pu s’achever. Un jour, bien après qu’il eut terminé ses douze travaux, il devait passer un fleuve en compagnie de sa nouvelle épouse Déjanire. Le centaure Nessos offrit de faire traverser la jeune femme et au plus fort du courant, il essaya de la violer. Héraclès l’abattit aussitôt d’une de ses flèches empoisonnées, mais Nessos agonisant feignit le repentir et conseilla à Déjanire de prendre un peu de son sang qui coulait de sa blessure. Il lui dit de le garder précieusement et si un jour son époux se lassait d’elle, il lui conseilla de tremper un vêtement dans ce sang et de lui donner à porter, ainsi par ce sortilège plus jamais Héraclès ne regarderait d’autres femmes.

Bien des années plus tard, Déjanire se souvint de ce conseil, quand elle se sentit délaissée par Héraclès. Par dépit amoureux elle donna à son mari une tunique teintée du sang du centaure. Quand il la revêtit, le poison imprégna toute sa peau, le rongea de douleur et il sombra dans une terrible agonie. Mais les douze travaux accomplis lui avaient assuré l’immortalité et il monta sur l’Olympe prendre sa place parmi les dieux, pour l’éternité. C’est en cela qu’il est difficile de parler de « fin » pour ce héros, car sa mort d’humain le rend immortel. Dans la mythologie grecque c’est le seul cas, l’exception qui confirme la règle, où un mortel accède à l’immortalité.

[4] Les monstres contre lesquels se bat Héraclès représenteraient le « brouillard de l’ignorance humaine » qui provoque tant de fois notre perte. Les flèches qui les atteignent et les tuent sont alors les actes de la raison qui transpercent les ténèbres et redonnent à l’humain la lumière nécessaire pour survivre et continuer son parcours (son existence).

Par bouyer stéphane - Publié dans : mythologie grecque
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Mardi 29 avril 2008

ULYSSE

 

U

lysse quitte sa patrie, Ithaque, sa femme Pénélope, son fils à peine né, Télémaque, ainsi que tous ses biens et honneurs dus à son rang de noble pour partir à la guerre de Troie.

Cette guerre dure dix ans et quand elle prend fin, Ulysse doit rentrer en bateau avec ses compagnons pour retrouver sa terre natale.

Ce voyage par les mers va prendre dix autres années de sa vie. Il va affronter maintes dangers (Cyclope, fées, nymphes, sirènes…) tous ses compagnons de fortune périront, lui seul survivra le plus souvent grâce à sa ruse, et à la faveur des dieux et déesses.

Quand il arrive chez lui, sur son île natale, c’est d’abord déguisé en mendiant pour ne pas être reconnu et assassiné par ceux qui ont profité de son absence pour tenter de lui ravir son épouse et ses biens.

Ulysse veut déjouer leur plan avec l’aide de son fils, de sa dévouée nourrice (elle le reconnaît par une cicatrice à son pied) et d’amis sincères. Il est d’autant plus décidé à triompher de ses adversaires que sa femme est restée fidèle, malgré l’épreuve du temps et les sollicitations.

Finalement au cours d’une épreuve de tir à l’arc, Ulysse finit par tuer ses ennemis, et retrouve sa femme, ses biens et son honneur.

 

Ulysse[1] affronte les hommes, les dieux, les monstres et l’épreuve du temps. Tout au long de ses aventures, il fait preuve d’une grande intelligence (ruse, stratagème, subterfuge…) et d’un courage hors du commun (il n’hésite pas à descendre dans le territoire des morts)

Il illustre parfaitement l’impératif nietzschéen « il faut vivre dangereusement » autrement dit, Ulysse affronte les épreuves sans jamais se dérober, il monopolise toutes ses capacités (physiques ou intellectuelles) pour surmonter les obstacles. De même que c’est dans le feu qu’est forgé le fer, Ulysse devient toujours plus fort à mesure qu’il triomphe des dangers.

Ulysse voyage longtemps, loin de chez lui et des siens, et pourtant il n’oublie jamais son origine, ses racines ni ceux qu’il aime, à commencer par sa femme.

Quand la déesse Calypso lui demande pourquoi il refuse son offre d’éternité et d’éternelle jeunesse, en lui rappelant qu’il n’y a pas de femme plus belle qu’elle, Ulysse lui répond le plus sincèrement que Pénélope est son épouse, elle est sa femme, et en cette vertu il se doit de l’aimer et de la retrouver.

Cette réponse semble déconcertante de simplicité, presque surréaliste car il refuse pas moins que l’immortalité, mais Ulysse est sage et lucide, il sait qu’il est avant tout un homme, un mortel, il connaît ses limites et sait ce qui le nourrit. Une racine n’a que faire d’être dans les airs, elle a besoin d’une terre nourricière pour porter l’arbre et les fruits de son développement.

C’est ainsi que la quête d’Ulysse nous est dévoilée, il connaît son but et le sens de sa vie. Il sait aussi qu’aucune conquête ou reconquête n’est possible sans luttes.

Une vie humaine est parsemée de défis, de combats, d’épreuves, de tentations. Tout être humain hésitera entre le renoncement et la témérité, il sera touché par les maladies, les névroses, et parfois la folie, il cherchera à cacher ses peurs ou à les dominer et surtout en sachant que l’issue est toujours incertaine et la fin inéluctable. Ce qui est frappant dans l’Odyssée c’est que l’auteur nous présente un héros dans toutes ses contradictions. La cruauté avec laquelle il agit à la fin du récit à l’égard des toutes les servantes qui ont eu des relations avec ses ennemis (il les exécute sans le moindre remords) rend le personnage encore plus complexe. Si cette violence nous choque aujourd’hui elle n’en est pas moins un trait de caractère, de la mythologie et plus encore de l’antiquité. Dans l’Iliade les prisonniers sont systématiquement exécutés, Alexandre le Grand a conduit ses conquêtes sous une main de fer, excellant dans l’art du supplice[2].

Ulysse est sinon un modèle pour le moins une sorte d’archétype, derrière l’allégorie du personnage de héros classique nous pouvons traduire nos propres peurs devant notre nature humaine et  elle nous révèle notre aspiration insatiable dans la quête du bonheur perdu – lié à nos origines (la terre natale) ou à l’amour (de sa femme, de son fils).

Les guerres et les voyages ne seraient alors que des détours aussi périlleux que révélateurs du véritable sens de notre existence.

 

Un des passages de l’Odyssée les plus frappants est celui des sirènes, de ces êtres à corps d’oiseaux et à tête humaine.

Le navire d’Ulysse doit passer non loin de l’île des sirènes pour continuer sa route. Ces espèces de créatures charment tous les marins grâce à leur chant mélodieux jusqu’à provoquer l’échouage ou le naufrage de leur bateau. Ulysse, averti du danger par la fée Circée, prend soin de boucher les oreilles de ses marins à l’aide de cire, mais il veut entendre la beauté incomparable de leur voix. Pour ne pas succomber à leur charme, il demande à ses équipiers de l’attacher au mât. Ulysse écoute ainsi leur chant et tombe dans le désir de les rejoindre, il crie à ses hommes de le délivrer mais ceux-ci ne l’entendent pas et il reste attaché jusqu’à se retrouver hors d’atteinte de leur voix.

Ulysse était tenté par la beauté de leur chant, au même titre qu’un homme peut être séduit par la beauté d’une femme. Pour ne pas se perdre il a eu la sagesse de… s’attacher. Cette contradiction, s’attacher pour rester en vie et libre, est toute apparente, et c’est l’une des leçons les plus retentissantes des aventures d’Ulysse.

L’homme doit (par lui-même) se donner des limites, quitte à s’attacher (à renoncer temporairement et en circonstance à sa liberté) autrement dit, l’être humain doit arriver à prendre conscience de ce qu’il est réellement (faillible, capable du pire comme du meilleur) pour pouvoir agir au mieux.

C’est ce connais-toi, toi-même comme ligne directive d’éducation et d’élévation qui nous ouvre les chemins de la paix et de la sagesse. Cependant cette conduite suppose une grande détermination, tout autant qu’elle exige discipline et courage. L’équilibre entre nos penchants naturels (volonté de puissance, soif insatiable de pouvoir, instincts sexuels…) et la pleine possession de notre libre arbitre est très précaire et le plus souvent un désir à satisfaire triomphe de toute considération. Cependant Ulysse n’est pas un héros tragique (comme Hector ou Achille) il retrouve ce qu’il avait perdu (femme, fils, biens, maison, honneur…) il tue ses ennemis, et sa vraie récompense est de dormir de nouveau dans son lit conjugal, fabriqué de ses mains et dont l’un des pieds est construit à même un tronc d’olivier. Rien de plus symbolique que ce retour à la source, ce lit est un lien indéfectible, à la terre et à sa femme. Encore « un lien » qui « attache » non pas pour emprisonner mais pour donner sens, repère et raison de vivre.   



[1] En grec Odysseus, l’homme en colère, en latin Ulixes, blessure

[2] A la fin du siège de Gaza, Alexandre pour punir la ville de s’être défendue et faire un exemple, à attacher et traîner le corps de roi de Gaza derrière son char jusqu’à ce que mort s’en suive.

Par bouyer stéphane - Publié dans : mythologie grecque
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Mardi 29 avril 2008

                               Les femmes dans L’Iliade

 

D

ans l’Iliade le rôle des femmes est très ambigu, il est à la fois central et effacé.

Trois figures féminines sont au cœur du poème épique, Hélène, Cryséis, Briséis.

 

L’enlèvement d’Hélène par Pâris, le fils du roi de Troie, a provoqué la fureur de son mari Ménélas qui a décidé de partir en guerre contre la cité de Troie pour récupérer son épouse légitime[1]. La convoitise de « la plus belle femme du monde » est l’étincelle qui a allumé le feu de la guerre entre les grecs et les troyens.

Chryséis, la fille du prête d’Apollon, Chrysès, est captive d’Agamemnon, le chef des armées grecques, le dieu Apollon se sentant offensé par ce rapt envoie la peste ravager le camp des grecs durant neuf jours. Achille tente de sermonner Agamemnon pour qu’il rende Chryséis à son père, touché dans son amour propre Agamemnon relâche Chryséis mais s’accapare Briséis, l’esclave d’Achille. Ce dernier, humilié et vexé décide de se retirer du combat.

 

Hélène, Chryséis et  Briséis, trois femmes qui occupent que quelques lignes de l’œuvre d’Homère et qui pourtant sont à l’origine de tous les événements majeurs (le déclenchement de la guerre de Troie, le conflit entre Agamemnon et Achille et la colère d’Achille). Elles focalisent toutes les ambitions, les exagérations, les prétentions, les volontés de puissance et de pouvoir des hommes. Les posséder (légitimement par les liens du mariage ou illégitimement par la loi du plus fort – Briséis et Chryséis sont des butins de guerre) implique un enjeu de vie sociale et existentielle. Perdre « sa » femme (épouse) ou une femme (amante) crée une crise politique ou/et psychologique. Il est étonnant de voir Achille ruiné moralement après qu’Agamemnon lui eut pris Briséis allant jusqu’à ce que l’on appellerait aujourd’hui « une grève » des combats et provoquant ainsi une série dramatique de défaites militaires dans son propre camp. Tout paraît alors insensé, disproportionné, une femme aussi belle soit-elle mérite-t-elle une guerre de dix ans avec son cortège de souffrance, de malheur, de désastre et de morts ? Ce n’est pas « raisonnable » mais nous ne sommes pas dans un monde raisonnable alors pourquoi la mythologie et le récit épique le seraient-ils ?

Ménélas, Agamemnon ou Achille n’ont aucune approche romantique ou amoureuse avec les femmes, loin s’en faut, le lien est purement possessif pour combler un manque. Perdre une femme revient à tomber dans le vide, ne plus être mari (vide social) ne plus être amant (vide sexuel, vide psychologique).  L’Iliade pose ainsi une relation homme/femme peu enthousiasmante, reposant sur la seule affirmation d’un pouvoir vital, sans partage, et de domination du masculin sur le féminin.    

Les femmes sont totalement soumises aux volontés et aux faits des hommes (et des dieux).

Hélène n’a pas son destin entre ses mains. Elle a été donnée à Paris par Aphrodite en récompense, elle n’a donc rien décidé. Aujourd’hui nous dirions qu’elle ni coupable ni responsable des événements et des drames qui vont suivre son enlèvement par Pâris. C’est bien la volonté des dieux et en l’occurrence d’une déesse qui a commandé son avenir.

Chryséis et Briséis sont elles entre les mains des hommes qui les tiennent fermement. Toutes deux butins de guerre, elles ne sont ni plus ni moins que des esclaves. Ni l’une ni l’autre ne sont des épouses légitimes, qui plus est Agamemnon assure préférer la compagnie de Chryséis à celle de sa propre femme légitime, Clytemnestre. Cependant les désirs qu’elles suscitent chez les hommes, que se soient Achille ou Agamemnon, provoquent et déclenchent les passions les plus exacerbées : colère, jalousie, rancune, vengeance, haine, tuerie…

Il est bien peu question d’amour car les enjeux qui transparaissent dans les conquêtes des femmes relèvent de la virilité, de l’honneur, de la force, du pouvoir.

C’est pourquoi aucune des trois n’a le choix, elles sont les jouets des dieux et des hommes. Elles sont fatales dans le sens où les hommes succombent à leurs charmes ou du moins à leur séduction, ils ne peuvent se passer de leur compagnie, surtout au lit (la traduction d’épouse dans la langue d’Homère est « compagne de lit ») pourtant un détail attire l’attention.

L’action de l’Iliade se déroule au cours de la neuvième année de la guerre de  Troie, or ni Hélène ni Briséis, ni Chryséis ne tombent enceinte. A aucun moment du récit, Homère ne fait mention d’une quelconque naissance.

Il est tout de même peu probable que toutes et tous soient frappés par une stérilité aussi radicale et générale à moins que cela ne soit le signe d’une vision apocalyptique d’un monde sans devenir, incapable de se survivre. Les gagnants seraient donc des perdants, sans qu’ils le sachent encore, et leur sort ne serait alors guère plus enviable que celui des victimes.

Cette absence de conception, de reproduction est peut être aussi une marque de la volonté de l’auteur (ou des auteurs) de l’Iliade de ne jamais se détourner du thème central du récit à savoir la mort. Mort de l’ami (Patrocle) mort de l’ennemi (Hector) mort d’un fils (Priam, père d’Hector) et bien sûr de sa propre mort (Achille apprend qu’il va bientôt mourir) comme si la trame de l’Iliade ne pouvait nous détourner de cette réflexion, de ce sujet. Aucune naissance ne viendra donc soulever un quelconque espoir d’un autre avenir et devenir. Seule Andromaque, l’épouse d’Hector, a un enfant mais nous savons ou devinons qu’il est en sursis, il est l’exception qui confirme la règle.

D’une certaine manière la cruauté exercée à l’égard des femmes, dans l’Iliade, donne la mesure du risque encouru par l’humanité elle-même : sa propre disparition.

 

 

 

 



[1] L’Iliade, poème de la force et de la guerre n’en est pas moins le récit d’un monde de principe. On fait l’amour la nuit et la guerre le jour, Pâris, en enlevant Hélène, a bafoué les règles de l’hospitalité à l’égard de Ménélas et les principes sacrés du mariage.

Par bouyer stéphane - Publié dans : mythologie grecque
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Vendredi 11 janvier 2008
D
ans la cité d’Hector, l’effervescence gagnait aussi en intensité, il se murmurait qu’une attaque aurait lieu prochainement, et qu’après le duel manqué entre les deux champions de chaque camp cette bataille serait enfin décisive. Hector avait reçu Agar pour lui exposer son plan afin de tuer Achille. Agar était un garçon digne de confiance, loyal, courageux. Malgré sa jeunesse il avait une tranquillité d’esprit qui sied d’habitude aux hommes mûrs, à ceux qui ont vu maintes contrées et affronté quantité de périls. Son père était mort avant qu’il ne n’acquît, élevé dans l’amour par sa mère, son éducation fut assurée par le meilleur ami du père défunt, un homme de savoir, respecté de tous et qui maîtrisait aussi bien les arts de la guerre que les rimes de la poésie et le maniement des concepts. Agar écoutait respectueusement Hector, il mesurait la portée de tout ce que le chef des armées troyennes lui révélait, et comprenait qu’il avait d’une certaine manière le sort de toute la cité et de tout son peuple au bout de sa flèche. Hector paraissait rasséréné, et d’un certain côté soulagé, Agar avait devant lui un homme qu’il vénérait, le fils de Priam était connu de tous pour son dévouement infini et son sens infaillible du devoir. C’était un modèle et un exemple pour tous les troyens, il était pour eux comme un berger, sachant les protéger des prédateurs et les maintenir toujours unis. Hector avait expliqué à Agar qu’il avait décidé de lancer une grande offensive, il voulait mettre toutes ses forces dans cette bataille, et surtout il décrivait comment Agar devait se rapprocher le plus possible d’Achille au cœur du combat pour viser son talon vulnérable. Pour mener à bien ce plan, il avait pensé disposer tout autour d’Agar ses meilleurs soldats pour former une sorte de ceinture infranchissable, et c’est lui-même en personne qui défierait Achille s’efforçant de l’obliger à se présenter de dos à Agar. La tâche ne serait pas facile, ni pour l’un pour l’autre mais ils n’avaient pas le choix, la difficulté était à la hauteur de l’enjeu. Hector était prêt à se sacrifier, Agar le comprenait et ressentait une immense émotion, il ne reculerait pas devant le danger et il tenait à relever ce défi insensé, mais vital.
 
 
L
es dieux avaient suivi avec beaucoup d’attention toutes ces dernières agitations, ils se rendaient bien compte qu’ils avaient du mal à tenir les hommes dans les desseins qu’ils avaient projetés. Ils s’étonnaient sans cesse de cette infatigable propension naturelle des humains à se déchaîner les uns contre les autres, plus les risques de l’abîme se dévoilaient à l’horizon et plus ils semblaient s’y précipiter avec la rage d’un mort de faim. Pourtant tous les hommes, qu’ils fussent héros ou pas avaient peur de la mort, de rendre l’âme, de ne plus chérir les doux instants d’une caresse maternelle, ou de l’enlacement d’un être cher. Pour des immortels, c’étaient des comportements bien étranges. Jusqu’où iraient-ils dans cette guerre si les dieux ne tenaient pas les fils du dénouement ? Aucun des dieux ne prendrait le risque de se retirer du jeu pour connaître la réponse, si les humains venaient à s’anéantir pleinement, quand bien même le peu d’estime qu’ils leur portaient, les dieux se sentiraient bien seuls et bien désolés.
Aussi, il était temps de conclure un chapitre de l’histoire de ces êtres mortels et d’en ouvrir un autre.
 
 
L
a tension dans le camp des Argiens était à son paroxysme. Toutes les tribus s’étaient rassemblées autour de leur chef et suivaient à la lettre les consignes données, la discipline et la rigueur dans l’application du plan étaient vitales. Ceux qui devaient embarquer dans les navires s’attachaient à provoquer le plus de bruit et d’agitation possibles, il fallait que des postes avancés ou des éclaireurs troyens perçoivent une effervescence inhabituelle, que les premiers soupçons de leur fuite naissent dans leurs esprits. Dans le même temps, sous la conduite méthodique d’Odysseus, les autres creusaient des trous derrière les palissades pour se dissimuler avec leurs armes. Les hommes ne parlaient pas, ils étaient tous concentrés à leur tâche, intériorisant leur peur ou leur doute, ce n’était pas un jour comme les autres même si la chaleur était toujours aussi accablante. Leur destin se jouait sous leurs yeux, à l’instant présent. Le goût et l’odeur de la mort presque naturellement poussaient en eux comme des fleurs venimeuses et instillaient une sorte de mécanisme de combat dans leurs esprits. Ils se délestaient de leurs sentiments pour se muer peu à peu en des bêtes de guerre implacables, ainsi quand le chat sort ses griffes pour attraper sa proie, l’homme sort sa haine pour s’abattre sur son ennemi. Odysseus manœuvrait au milieu de ces préparatifs, attentif au moindre détail, soupçonneux de la moindre faute que l’un de ces hommes pourrait commettre, il observait mieux qu’un aigle du haut d’un perchoir et quand il parlait, il était aussitôt obéi. Bien qu’il n’eût pas le même charisme qu’Achille (mais aucun humain ne pouvait rivaliser avec le chef des Myrmidons), les Achéens avaient un immense respect à son égard. C’était un roi, un guerrier exceptionnel, son intelligence était reconnue de tous, bien souvent Agamemnon lui demandait conseil. Odysseus était surtout préoccupé par l’incendie qu’il fallait allumer, si le vent ne se levait pas il n’y aurait pas de risque pour les Argiens, mais si par malheureux il venait à se réveiller et à se tourner vers les palissades, nul doute que les hommes souffriraient de l’épaisse fumée et de la fournaise dégagée. Au fond de lui-même il implorait les dieux, sans leur concours il savait bien qu’ils ne pourraient pas gagner cette ultime bataille. Il ignorait que les dieux s’étaient déjà entendus pour que le vent ne se levât pas ce jour-là.
Achille était sur le pied de guerre, il venait de sortir pour la dernière fois de sa baraque qui allait partir en cendre, laissant derrière lui dix années de souvenirs. Il portait fièrement son épée et son bouclier, il se sentait apaisé, serein, presque libéré, il souriait même, il était sûr de l’issue fructueuse de cette journée. Quand les Danaens le virent ils ne pouvaient s’empêcher d’être transportés par une sorte de vigueur supplémentaire. L’impression de puissance manifestée par Achille rejaillissait sur eux, ils trouvaient là une motivation supérieure. Achille aperçut Odysseus, il se dirigea vers lui d’un pas déterminé. Arrivé devant l’homme d’Ithaque, il planta sa lance dans le sol en serrant les dents, posa son bouclier à ses pieds et prit brusquement Odysseus dans ses bras, sans que ce dernier s’y attendît. L’étreinte d’Achille était affectueuse mais surtout virile, Odysseus malgré sa robustesse et sa forte carrure était déstabilisé et perdit presque l’équilibre. Achille ne mesurait pas toujours sa puissance phénoménale, quasiment surhumaine. Les Myrmidons aiment raconter cette histoire où Achille, pour sauver l’un des leurs, promis à une mort certaine menacé qu’il était par un lion affamé, aurait étranglé l’animal à main nue. Achille avec enthousiasme dit alors à Odysseus : « Enfin mon ami nous voilà au bout de notre route ! La victoire nous appartient désormais, nous allons rendre hommage à Patrocle en tuant l’infâme Hector, cette ville arrogante sera brûlée, pillée, martyrisée, souillée, car les générations futures doivent savoir et comprendre que nous les Grecs, nous avons la puissance du feu dans notre sang !
C’est un grand jour, je suis heureux de combattre de nouveau à tes côtés, mais, promets-moi une chose : laisse-moi tuer Hector ! Si tu le vois détourne-toi de lui, tu m’entends, laisse-le-moi. »
- J’ai bien compris Achille ! dit Odysseus en hochant la tête, il en sera ainsi, ta volonté sera mienne. Maintenant, tenons-nous prêts ! »
 
 
 
D
es éclaireurs troyens, cachés non loin du camp des grecs, avaient aperçu une agitation inhabituelle, et surtout ce qui les intriguait le plus était que les navires semblaient être chargés de matériels et d’hommes. Etait-il donc possible que leurs ennemis avaient enfin décidé de repartir chez eux ? S’agissait-il d’une impression ou était-ce bien la réalité ?
L’un d’eux se décida à aller avertir Hector, il se mit à courir aussi vite qu’il pût vers le palais du fils de Priam pour raconter ce qu’il avait découvert.
Hector qui avait reçu le messager était très perplexe. Comme à son habitude, il se méfiait des Grecs mais en même temps si les navires prenaient le large, le doute ne pourrait plus l’habiter longtemps. Il réunit alors tous ses généraux, il leur demanda de mobiliser toutes les forces encore disponibles pour conduire une sortie. Il fallait profiter des préparatifs de départ de leurs ennemis pour mener une attaque contre les palissades, et détruire le camp des Argiens pour qu’ils ne reviennent jamais plus. Hector demanda qu’on allât chercher sur le champ Agar.
Tous s’exécutèrent, Enée était resté à côté d’Hector, il avait un étrange pressentiment, mais il n’osait pas le révéler à Hector de peur de contrarier son beau-frère. Dès l’arrivée d’Agar, ils sortirent tous les trois ensemble du palais et gagnèrent les écuries royales pour aller se mettre à cheval. Peu à peu, les troupes troyennes se rassemblaient aux portes de la ville. Il régnait une grande frénésie, les rues ressemblaient à un rucher, chacun se bousculant et courant pour rejoindre son étendard.
De leur côté, les grecs avaient eux aussi posté des éclaireurs et dès qu’ils virent les portes de la cité s’ouvrir et déverser les flots d’hommes à pieds, sur des chars ou à cheval, ils s’empressèrent d’aller prévenir Odysseus. Ce dernier, quand il apprit la nouvelle, fit d’abord signe à Agamemnon de lever les amarres, il fallait que les navires prissent le large pour que la ruse fût réussie. Odysseus avaient les yeux fixés sur les bateaux qui s’éloignaient lentement de la côte, il attendait surtout que les Troyens fussent à portée de vue, pour se décider à mettre le feu au camp. Tous les Achéens restés sur place étaient maintenant dissimulés dans leurs caches. Odysseus donna l’ordre de commencer à allumer l’incendie, toutes les baraques prirent feu, en quelques instants ce n’était plus qu’un immense brasier, une épaisse fumée se dégageait. Hector et tous les troyens étaient médusés quand ils virent cet incroyable spectacle, chacun se regardait totalement incrédule, soudain l’un deux se mit à crier : « les navires prennent le large, regardez, ils prennent la mer, ils s’en vont, ils s’en vont ».
Hector, à ces mots, chercha lui aussi à apercevoir cette fuite en mer. Il vit les bateaux des Achéens s’éloigner du rivage et naviguer vers le large. Il n’en croyait pas ses yeux, il se tourna vers Enée qui lui aussi était époustouflé, ils n’arrivaient même pas à parler. Derrière eux, au même instant, une immense clameur éclatait au sein des troyens, ils levaient les bras au ciel, hurlaient, sautaient, s’embrassaient, c’était un indescriptible exutoire, d’un seul coup, la peur du lendemain et de la mort avait disparu, ils explosaient de bonheur, ils étaient ivres de joie, la vie allait enfin renaître !
Hector demanda à ses généraux de ramener le calme, il s’approcha d’Agar et lui dit : « tu vois mon ami peut-être que nous n’aurons pas besoin de tes talents, il semble que les Grecs aient choisi de regagner leur patrie.»
Agar était jeune, mais avait le calme d’un homme mûr et sage, « seuls les dieux ont des certitudes », répondit l’archer au visage d’enfant. Hector fit semblant de ne pas avoir entendu, il demanda à son armée d’avancer vers le camp des Argiens.
Les Troyens descendaient la plaine, d’un pas léger, ils avaient hâte d’attiser le feu, de crier leur haine aux Grecs voguant au loin, et de jeter à la mer tout ce que leurs ennemis avaient laissé sur place, comme pour effacer toute trace de leur si longue et néfaste présence.
Les Danaens, habilement terrés, apercevaient les Troyens qui se dirigeaient vers eux, ils serraient très fort leurs armes dans leurs mains. Achille aurait voulu déjà bondir sur eux comme une panthère en chasse, mais il était trop tôt, il fallait encore attendre. Les Grecs sortiraient de leurs cachettes dès que les Troyens seraient à portée de leurs arcs, et après une série de flèches décochées sur la troupe compacte des Troyens ils se lanceront l’épée à la main sur les survivants. C’était Odysseus qui devait donner l’ordre de commencer l’attaque. Le moment était grave, l’angoisse palpable, chacun mesurait le poids du temps présent, le cœur palpitait, la gorge était nouée mais en même temps à l’approche du combat ils étaient comme ces chacals attirés par l’odeur de la charogne, ils ressentaient une irrésistible attirance pour ce moment fatidique qui les suspendait entre la vie et la mort. C’était une excitation unique qui domptait leur peur et les dressait pour une soif de gloire inestimable.
Dans la mesure où les dieux avaient pris parti pour les Danaens, un léger vent soufflait vers la mer, la fumée intense qui se dégageait de la fournaise ne les atteignait pas, ils ressentaient cependant la chaleur suffocante du feu, ils savaient qu’ils ne pourraient pas restés indéfiniment terrés comme des taupes. Ils priaient pour que les Troyens arrivassent le plus tôt possible et qu’enfin le combat s’engageât.
Odysseus était sur le point de donner l’ordre de sortir des cachettes et de lancer une première salve de flèches meurtrières, il avait comme repère un tronc d’arbre mort. Dès que les troyens l’auront franchi, ils seront à portée de tir. Ses yeux ne quittaient plus ce repère, il devenait une obsession, il ne voyait plus que lui, tout d’un coup les premiers fantassins et chars troyens le franchissaient, il fallait se tenir prêt, quand les derniers guerriers ennemis auront passé cette frontière fatidique, il donnerait l’ordre. Il se dit à voix basse « Attendre, encore un peu, bientôt, oui, bientôt, ils y sont presque, oui ! Oui ! Attention… » C’est alors qu’il se leva, tenant son arc et une flèche et tout en l’armant il cria à se déchirer les tympans : « MAINTENANT ! »  et comme un seul homme tous les Achéens sortirent de leurs trous, et firent comme Odysseus armèrent leurs arcs et visaient en direction des Troyens. « LANCER » hurla Odysseus, une nuée de flèches s’envolèrent vers le ciel et arrivées au point culminant plongèrent vers le sol pour venir se planter dans la troupe des troyens. La surprise fut totale, ils n’eurent pas le temps de se disperser, tout juste de se mettre au sol et de se protéger avec leur bouclier, mais pour beaucoup c’était déjà trop tard ou maladroit, les flèches les piquaient comme un essaim d’abeilles, elles s’enfonçaient dans les ventres, les flancs, les bras, les jambes, les visages, ce n’était plus qu’un chant de plaintes et de souffrance qui montait vers le ciel. Les uns se tordaient de douleur, les autres se vidaient de leur sang, la panique avait provoqué une sorte d’hystérie, des blessés à même le sol étaient piétinés par ceux qui avaient échappé à la première salve et cherchaient par tous les moyens à fuir. La deuxième salve fut encore plus meurtrière, ceux qui étaient touchés cette fois-ci tombaient sur leurs compagnons, les corps s’enchevêtraient, des marres de sang se formaient au gré des cadavres qui se vidaient, Hector avait été projeté à terre par son cheval pris de panique, il n’avait pas été atteint par une flèche mais il était meurtri par le spectacle qu’il avait sous ses yeux. Impuissant il assistait au désastre et à l’agonie de ses hommes, eux qui quelques instants auparavant se réjouissaient de la fin de la guerre et du retour à la vie, rendaient leur âme  et leur dernier souffle en cette morne plaine. Enée et Agar, tous les deux armés d’un bouclier au-dessus de leur tête, s’étaient précipités vers leur chef, pour le protéger, et le soutenir, il était temps car une troisième salve avait été tirée de derrière les palissades, une de ses flèches vint percuter le bouclier d’Enée et une autre tomba juste à côté du pied d’Hector. Cette pluie de flèches acérées qui s’était abattue sur les troyens, avait anéanti leur supériorité numérique, c’est à ce moment précis qu’Odysseus décida d’engager le combat au corps à corps, Achille en tête les Grecs s’élancèrent tels des félins vers leurs proies du jour, hurlant comme des enragés pour ajouter l’effroi à l’horreur. Enée dit alors à Hector dans une panique à peine dissimulée : «  ils attaquent, regarde, les Achéens foncent droit sur nous, nous sommes tombés dans un piège. Fuis Hector, nous protègerons ta retraite, Agar et moi. » Quand Hector entendit les mots “fuis” et “retraite” il sortit de sa torpeur, se redressa, le regard dur et froid et répondit : « fuir ? Non, la vérité est devant moi, je ne peux pas la nier, c’est ici que je mourrai, l’épée à la main, face à Achille », il tourna le dos à ses amis et partit se jeter sur la meute qui courrait vers les Troyens. Enée dit alors à Agar : « prends ton arc, il faut tenir notre plan, dès que tu verras Achille et qu’il sera à ta portée, tue-le comme prévu, nous verrons bien alors. »  
 
A
chille était au cœur de la mêlée, il était comme un poisson dans l’eau, il fendait les Troyens rencontrés sur son passage mieux que du petit bois, et prenait un soin particulier à couper les têtes de ceux qu’il venait de tuer. Un seul coup tranchant et précis de son épée suffisait pour mutiler un corps. Il ne s’arrêtait pas, toujours en mouvement, son bouclier parait les rares tentatives d’attaques de quelques troyens, tandis que son glaive de l’autre main vidait les corps de leur sang et de leur âme. Partout sur son passage, les cadavres s’agglutinaient, démembrés, désarticulés. Sa présence était effarante, bientôt plus un seul troyen ne voulait l’affronter, ils cherchaient tous à fuir son impitoyable avancée, certains abandonnaient même leurs armes à sa seule vue, pour se mettre à courir plus léger et plus vite. Achille, dépourvu de combattants, se mit sur la pointe des pieds et redressa la tête à la recherche de celui qu’il maudissait entre tous les hommes présents dans cette plaine : Hector, le fils de Priam, le meurtrier de son ami. Au milieu de ce fracas des armes, le chef des armées troyennes, du moins ce qu’il en restait tant les guerriers de la cité aux larges murs avaient été décimés, combattait comme un désespéré, plus il frappait sur les ennemis qui l’assaillaient et plus il pleurait. Aussi incroyable que cela puisse paraître, le si doux visage d’Hector ruisselait de larmes de désespoir et d’impuissance. Il avait compris que rien n’empêcherait son inéluctable destin, il ne reverrait pas Andromaque ni son fils, ni son père ni sa mère, il ne pourra sauver sa patrie de la ruine! Alors en se ruant sur les Argiens il se jetait lui-même dans la fosse aux loups, il savait qu’il n’en ressortirait pas vivant, mais il voulait tout de même mourir l’épée à la main, en véritable guerrier, avec tous les honneurs. Achille, en l’apercevant, gonfla le torse, serra les dents, fronça les sourcils et d’un pas déterminé avança vers le prince Troyen. Il abattit un ou deux ennemis au passage presque sans les regarder, et arriva tout prêt d’Hector. Autour d’eux, les cadavres ne se comptaient plus, désormais les troyens étaient en nombre inférieur, et qui plus est, les Grecs qui avaient embarqué sur les navires pour simuler la fuite, avaient fait demi-tour dès le combat commencé et à l’instant ils accostaient de nouveau sur la côte troyenne. Ils allaient apporter ainsi des renforts décisifs aux Achéens engagés dans la plaine.
Achille était face au prince troyen, l’arme à la main, il se disait que maintenant enfin, il touchait au but, l’objet de sa quête était devant lui, il nourrissait la satisfaction d’un roi qui venait de mettre à genoux une nation entière. Il fit un pas en direction d’Hector et lui dit : « donne-moi ton arme, tu ne mérites pas de mourir avec ton épée à la main. » Hector avait du mal à soutenir le regard d’Achille. Il sentit sa gorge se nouer, ses jambes chancelaient, il n’avait jamais réalisé combien Achille était fort et imposant. Avant cet instant il ne connut jamais une telle peur. Lui qui avait pourtant affronté mille et une batailles ne pouvait même plus bouger devant cette forteresse humaine. Achille se débarrassa de son bouclier en le jetant à terre et tendit sa main libre en direction d’Hector en lui répétant : « donne-moi ton glaive, donne-le-moi ! » Hector était figé, il respirait avec grande difficulté comme un vieillard exténué, il avait froid et mal au ventre, son épée devenait trop lourde, il ne la tenait presque plus. Pendant ce temps, Enée se frayait un chemin à grands coups d’épée pour que suive derrière lui Agar. Ils s’avancèrent le plus près possible d’Achille qui leur tournait le dos, Agar avait une flèche à son arc, il la réservait pour le héros des Myrmidons. Achille avança de nouveau vers Hector et lui ôta son arme aussi facilement que s’il avait cueilli une fleur. Désarmé, Hector était accablé comme s’il venait d’être atteint par un coup fatal, il mit ses deux genoux à terre, Achille, fier de cette allégeance, choisit ce moment pour enfoncer son épée dans la poitrine du prince troyen, le choc fut si terrible qu’Hector se mit à cracher violemment du sang, et s’écroula sur le sol. Achille prit son glaive à deux mains et le leva avec la volonté farouche de le décapiter. Agar avait enfin la vue dégagée et pouvait viser sans faillir le talon d’Achille. Il décocha sa flèche qui alla s’enfoncer exactement à cet endroit précis de l’anatomie de l’impitoyable Péléide. Il poussa un cri de bête sauvage blessée, la douleur fut telle qu’il en lâcha son arme et s’écroula incapable de tenir plus longtemps debout. Achille tomba ainsi sur la dépouille de son ennemi sans avoir eu le temps de lui couper la tête, il poussa un dernier râle et sentit son âme se détacher de son corps. Il eut cependant assez d’énergie, pour jeter sa main sur son épée gisant juste à ses côtés, quand il la serra ferme entre ses doigts, il se sentit soulagé et avant de fermer les yeux pour la dernière fois dans une ultime prière se dit à lui-même : « Patrocle, mon ami, nous allons bientôt nous retrouver ». Soudain alors dans la plaine, le vent se leva brusquement, le ciel se mit à tonner, l’air devenait lourd et irrespirable, l’orage éclata comme une colère spontanée. Les combattants encore en vie piétinaient dans le sang mélangé et maintenant ces flots de pluie les obligeaient à patauger comme des canards dans une marre nauséabonde. Les Troyens qui avaient survécu au carnage ne cherchaient plus qu’à fuir. Tout était perdu, Enée et Agar couraient déjà vers la ville, ce n’était pourtant pas la lâcheté qui les motivait, ils savaient qu’il n’y avait quasiment plus de soldats dans la cité, ils devaient cependant tenter d’organiser les dernières résistances, et surtout protéger leur famille du péril imminent. Tous les blessés troyens étaient achevés, la nuque brisée, la poitrine enfoncée, la gorge tranchée, la tête coupée. Pendant que les Grecs rassemblaient leur force pour marcher vers la cité, Odysseus et Agamemnon auraient voulu se congratuler mais ils avaient vu tomber Achille. Si au fond d’eux-mêmes un étrange et indicible soulagement sévissait malicieusement, ils ne pouvaient s’empêcher de ressentir une immense tristesse. Achille avait seize ans quand il avait mis les pieds sur cette terre hostile, il aura été l’incarnation de tout ce qui se fait de plus inflexible, sa force n’avait pas d’équivalent dans ce monde, et pourtant il avait des failles insoupçonnées dans son esprit et dans son corps. Son ami Patrocle était comme une mère qui cherchait à le protéger de lui-même, mais rien ne pouvait empêcher Achille de connaître son destin. Odysseus savait au fond de lui-même qu’Achille avait tracé son propre chemin jusqu’à cet endroit où il reposait l’épée à la main, près de la dépouille d’Hector. Agamemnon était un peu gêné, il n’avait jamais porté dans son cœur Achille mais de voir son cadavre, souillé de boue et de sang, provoquait en lui un désagréable pressentiment, n’était-ce pas sa propre mort qu’il regardait ? Il ne voulait pas rester plus longtemps, et prétextant qu’il fallait s’occuper d’organiser la mise à sac de la cité, il s’éloigna de cet endroit funeste. Odysseus resta seul, il s’accroupit pour être plus près des héros de cette guerre sur le point de trouver son épilogue. Il les regarda longuement, des souvenirs venaient à lui, il pensait au secret que Briséis lui révéla, mais aussi il revoyait Achille en pleurs devant le corps sans vie de Patrocle. Que de drames ! Que de malheurs ! Il se disait au fond de lui-même, que finalement, ils auront combattu pendant les plus belles années de leur vie pour finir l’un à côté de l’autre, plus proches qu’ils n’auront jamais été. Odysseus comprenait bien l’ironie de cette histoire, mais il avait aussi sous ses yeux une injustice qu’il voulait réparer. Il s’approcha de l’épée d’Hector, il la souleva d’une main délicate, il prit soin d’essuyer la lame maculée de sang avec la manche de sa tunique, et après avoir ouvert la main déjà froide d’Hector, il la déposa entre ses doigts qu’il replia un à un. Il se mit debout et en contemplant ces deux guerriers l’arme à la main, il sentait qu’il venait d’accomplir une sorte de réconciliation, il éprouvait à ce moment une grande compassion devant les deux dépouilles. Il ne distinguait plus le Grec du Troyen, l’allié de l’ennemi, le bon du mauvais, juste le spectacle de deux corps sans souffle et sans âme. Tout autour de lui, les cadavres sculptaient la plaine, l’odeur corrompait déjà l’air, les vautours planaient au-dessus de ce qui ressemblait pour eux à un immense festin. Les Argiens, galvanisés par le désastre troyen, étaient à pied d’œuvre pour enfoncer les portes et escalader les murs. Désormais la cité majestueuse était sans défenses, elle sera bientôt prise comme une femme trop longtemps désirée et jamais conquise. Odysseus se sentait presque étranger à cette victoire et à cette conquête, bien qu’il fût l’un des principaux artisans de ce triomphe. Avec la mort de Patrocle, d’Achille, et d’Hector, il avait la sensation d’un monde dépeuplé, déserté, il passait ses mains sur son visage, et frottait sa peau pour se rappeler qu’il avait encore des sens et qu’il était bel et bien de ce monde. Il porta alors son regard vers la mer, au loin il savait que sa femme et son fils l’attendaient, il voulait que cette terre d’Ithaque qui fut son berceau fût aussi demain son linceul. Avec ses hommes il voguera bientôt vers sa patrie, si les dieux lui sont favorables, son périple ne prendra que quelques lunes mais rien n’est moins sûr. Les cris stridents des vautours qui commençaient à déchiqueter les chairs sanguinolentes des cadavres l’avaient sorti de ses pensées, et qui plus est le fracas de la déferlante rageuse des Danaens le rappelait à son devoir de chef de guerre. La mer attendra encore quelques infidélités, il allait rejoindre les Achéens enflammés par l’ivresse de l’assaut final. Avant cela, il s’agenouilla au sol et prit une poignée de cette terre si bien abreuvée du sang des mortels, il se releva et en jeta quelques morceaux sur Achille et sur Hector. Il leur tourna le dos et marcha en direction de Troie. Déjà il pouvait apercevoir dans le ciel, au-dessus de la ville, la fumée des premiers incendies allumés.
 
 
 
 
 
Depuis longtemps, l’âge d’or est révolu, les dieux se sont partagés le ciel, la mer, et le territoire des ombres, la terre a été décrétée possession commune, elle est aussi le théâtre de la vie des hommes, des animaux et des plantes.
Si les dieux n’ont pas de soucis, rien en revanche  n’est épargné à l’humanité, ni la maladie, ni la souffrance, ni le travail, ni les accouchements dans la douleur, ni la faim, ni les guerres, ni la vieillesse et encore moins… la mort.
Du haut de l’Olympe les dieux assistent à la représentation jamais achevée de l’Histoire des hommes.
 Perdue dans le temps comme une goutte d’eau dans l’océan, une guerre entre deux peuples, voulue par des divinités, tenait en haleine toute la communauté des immortels.
Au cours de ce conflit, un événement se produisit qui donna naissance à un récit que les dieux et les hommes se disputent encore aujourd’hui.
Par bouyer stéphane
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