Concours

Recommander

Vendredi 11 janvier 2008
 
H
élène le soir même était allée voir Hector pour lui exposer son idée. Evidemment, le prince troyen connaissait trop son frère pour savoir qu’il ne supporterait pas la comparaison avec un guerrier de la trempe de Ménélas. Il perdrait un frère mais Troie serait sauvée. C’était la conclusion logique et immédiate qui lui venait à l’esprit. Il admirait Hélène qui avait su convaincre Pâris de se jeter dans ce duel, en abusant pertinemment de son orgueil infini. Au fil des ans il avait appris à la connaître et au fond de lui-même à la respecter. Sa beauté brillait comme mille feux dans la nuit mais Hector lui reconnaissait aussi une intelligence incomparable. Pâris ne méritait pas une telle femme sauf qu’une déesse avait cru bon de la lui offrir en cadeau pour un jugement bien discutable. Quoi qu’il en soit, il fallait envoyer un messager chez les Achéens pour leur exposer cette proposition. Son choix portait naturellement sur Enée, son propre beau-frère, comme Achille sa mère est une déesse, il est valeureux, sage et pieux. Enée était reconnu pour ses qualités d’écoute et d’éloquence. Dès demain il l’enverrait dans le camp des Argiens pour porter le message d’Hector.
 
 
Enée était un beau garçon, de cette espèce qui pousse les femmes à se damner pour être dans ses bras. Il avait pourtant un grand sens de l’honneur, et son épouse Créüse n’avait jamais eu à souffrir, disait-on, de sa réputation de bel âtre. Quand Hector lui expliqua la nature de la mission qu’il voulait lui confier, Enée comprit vite les dangers et les espoirs qu’elle comportait. Il n’hésita pas un instant. Il demanda à son fidèle serviteur de l’accompagner pour apporter une touche protocolaire à sa mission. Il se disait que les Danaens respecteraient les principes dès lors qu’ils étaient affichés. Ils partirent tous les deux tôt le matin, lui à cheval l’autre à pieds, sans armes, ni armure. Il se souvenait du jour où il avait trouvé refuge dans la ville de Troie. Il avait été accueilli avec une grande hospitalité et émerveillé par les prouesses architecturales de la cité royale, mais surtout, son cœur fut comblé quand Hector lui présenta sa sœur Créüse. Il se sentait depuis lors un citoyen troyen à part entière. Il n’avait pas ménagé sa peine dans cette guerre, il fut à plusieurs reprises blessé sur les champs de bataille, il manqua maintes fois de mourir, certains disaient qu’il était protégé par les dieux qui lui réservaient une destinée de héros légendaire. Lui ne se sentait pas immortel, la peur l’habitait à la veille des combats mais jamais pendant. Avec Hector ils formaient tous les deux une paire de soldats uniques, capables de galvaniser une troupe par leur seule présence, inspirant respect et courage.
Pour cette mission Enée n’était donc accompagné que de son serviteur, la chaleur était torride, pas un brin de vent, le ciel était d’un bleu pur et opaque, Enée s’essuyait le front d’une forte transpiration, sa respiration était saccadée, il regardait au loin espérant le plus vite possible apercevoir le camp des Argiens. Des guetteurs Thraces avaient repéré Enée et son serviteur, ils les suivaient sans se faire remarquer, cherchant à deviner leurs intentions et surtout s’ils étaient seuls. Quand les envoyés des Troyens arrivèrent suffisamment proches des premières défenses des Achéens, les guerriers Thraces sortirent leurs épées et s’élancèrent en courant sur les flans des deux compères. Ces derniers furent aussi surpris qu’effrayés, le cheval d’Enée se mit à hennir et se dressa sur les deux pattes arrières, Enée eut du mal à le calmer et tout en cherchant à le rasséréner il leva une main en l’air à l’attention des sentinelles Thraces qui étaient déjà sur eux, et les encerclaient.
« Je suis Enée, et je suis envoyé par Hector pour porter un message à votre chef Agamemnon », dit Enée d’une voix forte et impérieuse.
Les guerriers Thraces se regardaient entre eux, ils avaient bien vu que les deux hommes n’étaient pas armés, l’un d’eux s’avança vers Enée et sans mot dire il lui indiqua d’un signe de la main la direction à prendre sous leur escorte.
 
A
gamemnon avait été prévenu que des éclaireurs Thraces escortaient des messagers troyens, après tout il n’était pas mécontent qu’ils vinssent à lui, ils devaient sûrement avoir une proposition à lui soumettre, lui qui était en manque d’inspiration et surtout qui craignait depuis la mort de Patrocle que la colère d’Achille ne se retournât contre lui. Au moins en recevant cette ambassade il affirmait devant toutes ses troupes ses prérogatives de chef, même Achille ne pouvait lui contester le protocole. L’hospitalité étant une règle indéfectible, il n’était pas concevable pour un grec de manquer de respect à un étranger, Agamemnon avait demandé la préparation de rafraîchissements et d’un repas bien fourni en viande.
Il reçut Enée dans sa baraque, entouré d’Odysseus et d’Achille, à titre de témoins. Enée salua ses hôtes avec respect et grands égards, tout en remarquant le regard glacial et noir d’Achille, néanmoins il ne perdit pas son sang froid et resta très diplomate.
Enée détailla méticuleusement la proposition d’organiser un duel entre Ménélas et Pâris pour mettre un terme à cette guerre.
Achille était furieux, il savait que si ce duel avait lieu et quelle qu’en soit l’issue il ne pourrait pas assouvir sa vengeance à l’égard d’Hector. Cependant, le protocole ne lui permettait pas de prendre la parole, Agamemnon de son côté trouvait là une raison inespérée de sortir de cette impasse, de sauver son honneur, et de rentrer au pays sain et sauf. Néanmoins, il ne voulait pas répondre sur le champ, il souhaitait laisser à Enée l’impression d’un homme réfléchi et scrupuleux.
«Enée, j’ai bien entendu votre proposition, je vais l’étudier en toute sérénité, et demain après le levé du soleil je te donnerai une réponse. En attendant tu es mon invité, je vais te faire aménager une tente et te servir un repas digne de ton rang, avec de belles viandes rôties, et je t’enverrai une de nos plus belles femmes qui dansera pour toi. »
Enée acquiesça après tout l’enjeu valait bien la peine d’attendre une journée.
Agamemnon, sur les conseils d’Odysseus, avait demandé à Briséis d’aller tenir compagnie à son hôte en toute discrétion surtout à l’égard d’Achille pour que ce dernier ne prenne pas cette demande comme une nouvelle provocation. En fidèle servante elle n’avait pas posé de question, elle s’efforcera d’être discrète, c’était Odysseus qui lui avait dit qu’il s’agissait d’Enée, elle savait que c’était un haut dignitaire de Troie, un fidèle d’entre les fidèles d’Hector, un homme brave et incorruptible. Odysseus passa un long moment avec la jeune femme avant qu’elle ne rejoignît la tente de l’invité.
« Briséis, tu te souviens du secret que tu m’as rapporté sur Achille, l’autre jour quand nous étions tous les deux au bord de la mer ? demanda malicieusement Odysseus.
-         Oui, bien sûr, répliqua timidement Briséis.
-         Ecoute-moi bien, je ne sais comment t’expliquer, mais il arrive que des hommes ne puissent dire le fond de leur cœur par pudeur ou par crainte, ils savent combien leur âme est en peine et cherchent à être délivrés d’un terrible fardeau. Tu comprends ce que je veux dire ?
-         Oui… non, je… ne sais pas bien, quel fardeau, et de qui parles-tu ? dit Briséis inquiète et méfiante.
-         Si Achille s’est confié à toi c’est pour que tu parles pour lui. Je pense avoir compris que son existence est parfaitement scindée en deux comme le jour et la nuit. Il est aussi fort que vulnérable, c’est Patrocle qui lui donnait un équilibre entre le gouffre d’Hadès et la terre des hommes. Toi seule aujourd’hui peux soulager sa souffrance intérieure et toi seule as le pouvoir de mettre un terme à cette guerre qui nous brûle tous à petit feu, car je ne crois pas que ce duel, s’il a lieu, sera décisif et salutaire. Les dieux n’accepteront jamais que cette guerre prenne fin ainsi, par la bonne volonté des deux partis, j’en suis sûr, dit l’homme d’Ithaque.
-         Moi ? pauvre femme d’entre les femmes, captive d’entre les esclaves je pourrais mettre fin à l’horreur de cette guerre ? tu te moques de moi Odysseus, tu te moques de moi ? répéta Briséis qui chancela sous le poids d’une angoisse écrasante.
-         Non, je ne me moque pas de toi. Ecoute-moi, si tu arrives à raconter à Enée ce que tu m’as révélé alors il comprendra et saura ce qu’il faudra faire pour finir cette guerre.
-         Mais Achille me tuera si je révèle à un son ennemi un pareil secret.
-         Non, il ne le saura pas, personne ne le lui dira.
-         Odysseus, je ne te comprends pas, tu veux… tu veux… qu’Achille…
-         C’est Achille qui le veut, c’est pour cela qu’il t’a confié son secret.
Briséis se tut un instant, elle était bouleversée et décontenancée par cette conservation, totalement retournée, mais la force de persuasion d’Odysseus et la confiance qu’elle lui attribuait, tempéraient largement ses frayeurs. Odysseus savait qu’elle n’avait pas le temps de réfléchir, c’était ce soir ou jamais qu’il fallait agir.
 
Les dieux avaient suivi avec intérêt cet entretien entre Briséis et Odysseus. Le sort d’Achille, fils d’une déesse, n’était pas banal et la malice d’Odysseus qui cherchait à provoquer un tournant décisif dans cette aventure méritait une attention particulière.
Les dieux comme toujours en pareilles circonstances étaient partagés. Certains pour rien au monde ne voulaient remettre en question la chute de Troie, d’un autre côté ils admettaient que la vie humaine ne s’éteindrait pas avec les ruines de la cité d’Hector, ce n’était pas une fin en soi. Au contraire, une autre partie des dieux pensaient que Troie pouvait prétendre à un autre destin que ce désastre annoncé, l’issue de cette guerre pouvait se clore sur une paix des braves. Les débats étaient assez vifs entre eux, des rancœurs étaient nourries depuis la nuit des temps et elles se dévoilaient quand s’il s’agissait de prendre des décisions influant sur le cours de l’existence humaine.
Cependant, même les dieux devaient suivre des règles et certains déterminismes ne pouvaient être remis en question. Le sort de Troie n’était pas négociable, juste ou pas juste, cruel ou pas cruel, légitime ou pas légitime, c’était acquis et imposé à tous les dieux, à tort ou à raison. Tout le reste était néanmoins discutable. Des dieux tenaient par exemple beaucoup à l’idée qu’Odysseus non seulement survive à cet épisode troyen mais devienne par la suite le héros d’aventures mémorables pour les siècles futurs, cela voulait donc dire qu’ils étaient prêts à le suivre dans sa volonté de vouloir provoquer la perte d’Achille. L’un des dieux de l’Olympe eut cette sentence solennelle « puisqu’il est décidé qu’Hector mourra et que la cité radieuse de Troie finira en cendres, alors Achille suivra Hector chez Hadès avant même que la première pierre des murs d’enceinte de la ville ne tombe, ainsi l’équilibre, source de la pérennité des choses ici bas, ne sera pas rompu. »
 
B
riséis était ce soir là radieuse. Elle avait enduit son corps d’un onguent au parfum de roses, ses cheveux blonds comme l’or pur illuminaient son visage doux et frêle, sa taille si mince lui prodiguait une impression de légèreté, alors que sa poitrine généreuse lui conférait une volupté langoureuse. Elle se présenta à Enée habillée d’une longue robe blanche immaculée. Dans ce monde en guerre, en proie à la douleur et abondamment arrosé du sang du commun des mortels, elle semblait comme irréelle, anachronique, une fleur éclose au milieu d’un désert. Enée dominé par le sens du devoir, n’en était pas moins touché par son charme. Il l’invita naturellement à s’asseoir et lui offrit un breuvage. Elle lui raconta alors comment elle devint l’esclave d’Achille, celui-là même qui tua son mari, son père et ses frères et qui l’épargna pour qu’elle fût sa compagne de lit, au non de la loi du plus fort.
Enée l’écoutait et ne pouvait s’empêcher de se laisser gagner par ses charmes. Tout l’invitait à s’abandonner dans ses bras et à cueillir ce fruit si promoteur de saveurs exquises. Pour ne pas succomber il se mit à lui parler :
« Personne ne peut résister à Achille, les meilleurs guerriers sont pris de frissons rien qu’à le regarder, alors que peux-tu te reprocher ?
-         c’est vrai tu as raison, lutter contre Achille c’est presque se suicider à moins de… elle céda alors au silence, et baissa les yeux, Enée fut surpris et perplexe.
-         «  oui ? à moins que quoi ? demanda Enée, en lui relevant le menton à l’aide de son index.
-         Non je ne peux pas te dire, non, elle détourna la tête pour se libérer du contact d’Enée, elle avait peur comme un pauvre agneau devant un loup prêt à sauter sur sa proie.
-         Ecoute Briséis, je ne suis pas ton ennemi, je comprends ta peine, tu as été arrachée aux tiens, à ceux que tu aimais le plus, tu peux te confier à moi, chacun d’entre nous a le droit de soulager sa conscience et de se délivrer d’un tourment.
-         Je n’ose pas Enée, je ne suis qu’une femme, je ne compte pas, ce monde est pour les hommes et les plus forts d’entre eux, répondit presque en larmes Briséis.
-         Pourtant ne dit-on pas que c’est pour une femme que les Danaens et les Troyens se battent comme des chiens ? crois-tu que les hommes soient si forts pour tomber ainsi dans les pires horreurs de la guerre ? nous devrions tous nous sentir désespérés devant le malheur de l’humanité.
Les paroles d’Enée touchaient le cœur de Briséis, elle releva la tête, fixa un instant Enée et elle chuchota à l’oreille du troyen : « Achille n’est pas invincible.»
Enée resta immobile, figé comme si la foudre venait de s’abattre sur lui, son sang ne fit qu’un tour.
-         que veux-tu dire ? hein ? dis-moi ? que veux-tu dire ? répéta excité Enée.
-         Achille a une faiblesse, c’est son talon. Si tu le transperces tu le tueras, expliqua lentement la jeune fille aux cheveux d’or.
Enée était bouleversé, il avait chaud, il se mit debout, fit quelque pas pour chercher à réfléchir.
« Ecoute-moi, tu vas regagner ta tente, demain je remercierai Agamemnon pour ta bienveillante compagnie d’une soirée, je lui vanterai le plaisir de discuter avec toi en toute honneur et en toute vertu. Tu ne parleras de notre conversation à personne. Tu m’as compris, à personne », lui dit-il en lui prenant les deux mains avec affection.
Elle acquiesça en clignant des yeux, avec un léger sourire et s’en alla auprès d’Achille.
 
L
e lendemain, Agamemnon accompagné d’Odysseus et d’Achille, allait retrouver Enée, il se sentait revivifié, sûr de son pouvoir, l’initiative était de son côté, il marchait la tête haute, le cœur libéré du poids de l’angoisse, l’esprit solide.
« Je te salue Enée, dit-il d’un ton fort et impérieux, nous les Grecs avons bien réfléchi à votre proposition de duel, et nous pensons qu’il est légitime et souhaitable. Ménélas combattra Pâris, nous proposons que le combat se fasse à la lance, sans bouclier et sans casque, le gagnant vivra pour le restant de ses jours avec Hélène, nous considérerons alors que cette guerre n’aura plus de sens, et nous reprendrons la mer vers nos douces contrées où nous pourrons de nouveau chérir nos femmes et nos enfants.
Il faut comprendre qu’il était de notre honneur de combattre pour que mon frère Ménélas retrouvât sa femme légitime, un droit ne se marchande pas, s’il est violé c’est tout l’ordre qui est attaqué. Ce duel servira de jugement, nous ne doutons pas que les dieux favoriseront celui qui a été offensé, de toute façon nous nous plierons au résultat de ce duel, qui aura lieu dans deux lunes. »
Enée écouta comme un sage, il était tellement convaincu qu’il possédait une information cruciale pour gagner cette guerre qu’il semblait comme définitivement confiant.
« Merci Agamemnon, ce duel sera une délivrance pour nous tous Troyens et Grecs, une guerre ne peut pas être éternelle, nous aussi nous aspirons tous à vivre en paix auprès de nos familles,  je vais repartir vers la cité de Priam pour rapporter votre accord. Et nous reviendrons donc dans deux lunes pour décider du sort de ce conflit », répondit solennellement Enée.
Achille, resté derrière Agamemnon, n’en finissait pas de bouillir au fond de lui, sa fureur intérieure était comme une lave de volcan prête à entrer en irruption, seul son sens retrouvé de la hiérarchie l’empêchait d’exploser. Cette idée que cette guerre finisse sans qu’il venge la mort de Patrocle lui était insupportable, il ne pouvait pas laisser Hector impuni, quand bien même cette guerre s’achèverait, sa vengeance n’en restait pas moins une affaire personnelle entre lui et le fils de Priam. Il trouvera bien un moyen de défier son ennemi intime, et d’envoyer chez Hadès celui qui tua son meilleur ami.
 
 
H
ector était seul dans sa chambre, assis, il buvait tranquillement un mélange dans une coupe d’argent richement décorée par un des meilleurs artisans de la cité. Elle lui avait été offerte par sa sœur Cassandre en cadeau de mariage. L’orfèvre avait ciselé finement une scène d’amour, un homme à l’épaisse chevelure embrassait une femme belle comme un astre étincelant, la lune au-dessus du couple leur rendait une grâce céleste mais à leurs pieds un serpent, à deux têtes, semblait vouloir se glisser jusqu’à eux, les amoureux ne le voyaient pas, allait-il passer son chemin ou les frapper de son venin ? Hector était dans ses pensées, il se revoyait quelques années auparavant le jour où il rencontra Andromaque. De toutes les femmes qu’il avait rencontrées il n’en avait jamais connues de si douces, si fragiles, si tendres, si langoureuses. Il avait été tellement troublé par la force de ses sentiments éprouvés à l’égard d’Andromaque qu’il ressentait une fébrilité impalpable à lui parler. Andromaque comprenait tout sans avoir besoin de prononcer un mot, son sourire en coin et la lumière de ses yeux d’émeraude suffisaient à produire un confort indéfinissable à vivre à ses côtés. Hector posa la coupe à même le sol et se leva brutalement quand il entendit qu’on frappa à sa porte, en voulant effectuer le premier pas il renversa la coupe qui se vida jusqu’à la dernière goutte en roulant et tournoyant loin devant. Hector n’accorda qu’une attention furtive à cet accident et cria au visiteur qu’il daigne entrer. C’était Enée qui venait lui raconter la mission de son ambassade auprès d’Agamemnon. Il expliqua que les Danaens étaient d’accord sur le principe du duel et lui rapporta les conditions qu’ils souhaitaient imposer mais il gardait le meilleur pour la fin. Quand il lui révéla le secret que Briséis lui avait confié sur Achille et son talon vulnérable, Hector resta un temps silencieux, profondément pensif, Enée s’attendait à un enthousiasme débordant comme le jour d’une victoire militaire, c’était tout le contraire.
«  Hum ! Hum ! marmonna Hector, et tu as cru cette fille ???
Enée était saisi par cette interrogation inattendue.
-         oui… je n’ai pas senti… qu’elle mentait… elle m’a semblé sincère, c’est une prisonnière de guerre, elle n’a rien à attendre des Grecs sinon l’esclavage !
-         tu crois ça ? Achille aurait donc une faiblesse à son talon ? c’est possible mais si c’est un piège nous devons rester prudents Enée, n’oublie pas que les Grecs ont la ruse dans le sang et je me méfie de ce qui vient d’eux, même par la voix d’une de leurs esclaves. La duplicité n’a pas de limite et le malheur peut prendre mille visages différents. Je vais réfléchir, en attendant concentrons-nous sur ce duel, mon frère peut perdre sa vie, tu le sais, Ménélas est un guerrier redoutable, si Pâris meurt nous devrons rendre Hélène, c’est une femme qui vaut la peine d’être connue, d’une grande intelligence et à l’honnêteté infaillible, mais au moins cette guerre s’arrêtera, Troie ne sera ni pillée ni détruite, l’enjeu est crucial. Je risque de voir l’âme de mon frère rejoindre Hadès, mais notre peuple survivra, la raison d’Etat doit commander mes sentiments personnels et mêmes familiaux.
-         Pâris n’a pas encore perdu son duel, répliqua Enée, ne serait-ce que pour réconforter Hector.
-         Ne sois pas naïf Enée, je connais mon frère mieux que quiconque, il combattra non pas par courage ni par devoir mais par orgueil, il n’a pas l’âme et encore moins l’art d’un guerrier, il ne supportera pas la comparaison avec l’époux d’Hélène, dit froidement Hector.
-          Hector, tu devrais tout de même mieux considérer les révélations de Briséis sur Achille, si tu veux sauver ton frère tu as peut-être là une solution, nous ne pouvons rien négliger, bien sûr ta prudence t’honore, mais elle ne doit pas t’aveugler, répliqua Enée.
-         Ecoute Enée, ce que je sais c’est que, dans deux lunes, Pâris et Ménélas s’affronteront en duel, je vais conseiller mon frère pour qu’il lutte contre Ménélas dans les meilleures conditions, il vaut mieux la lance à l’épée, le combat rapproché lui serait fatal, nous devons d’abord tout miser sur ce duel, il peut nous être salutaire, si les dieux le veulent, nous retrouverons les joies de la paix pour notre glorieuse cité et notre peuple.          
Enée s’abstint de contredire Hector, le dernier mot lui revenait, il était le chef des armées troyennes et tous lui devaient obéissance et fidélité dans ses choix et décisions.
Par bouyer stéphane - Publié dans : mythologie grecque
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Retour à l'accueil

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>

Recherche

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus