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Mercredi 25 juin 2008

Œdipe[1], retour et détour

 

Présentation

 

Œdipe roi, Sophocle (tragédie grecque, 420 av. J.-C.)

La cité de Thèbes est atteinte par une malédiction « la mort la frappe dans les germes où se forment les fruits de son sol, la mort la frappe dans ses troupeaux de bœufs, dans ses femmes qui n’enfantent plus la vie[2] » Œdipe, roi de Thèbes, aimé de tout son peuple est imploré pour qu’il délivre du mal cette ville qui le fit roi. Œdipe prend le malheur des thébains pour le sien « il n’est pas un de vous qui souffre autant que moi » mais quelle est l’origine de ce mal ? Il faut trouver le coupable du meurtrier de Laïos, tant qu’il ne sera pas découvert la ville ne vivra pas en paix. OEdipe apprend qu’avant qu’il ne gouverne la cité, le prince s’appelait Laïos, le premier époux de Jocaste, en voulant aller consulter un oracle, il serait tombé sous les coups de brigands, c’est ce qu’un de ses serviteurs, qui avait échappé à la mort, a rapporté.

OEdipe décide de mener l’enquête « je me charge de la cause de la folie de Thèbes et du dieu (…) j’entends chasser d’ici cette souillure (…) lorsque je défends Laïos, c’est moi-même que je sers » Il proclame même la sentence qu’il réserve au coupable « je veux que tous (…) le jettent hors de leurs maisons, comme la souillure de notre pays ».

Créon, son beau-frère, lui conseille de consulter le devin Tirésias pour connaître la vérité.

Œdipe l’envoie chercher pour écouter ses dires. Tirésias, aveugle, guidé par un enfant, sait qui est le coupable mais ne souhaite pas parler de peur des conséquences « qu’il est terrible de savoir, quand le savoir ne sert de rien à celui qui le possède ». Œdipe s’exaspère devant l’attitude du devin « comment ? Tu sais et tu ne veux rien dire ! Ne comprends-tu pas que tu nous trahis et perds ton pays ? » Finalement, Tirésias face à la colère et à l’arrogance d’Œdipe finit par révéler que le coupable n’est autre que… Œdipe lui-même. « je dis que c’est toi l’assassin recherché (…) sans le savoir tu vis dans un commerce infâme avec les plus proches des tiens, et sans te rendre compte du degré de misère où tu es parvenu ». Œdipe refuse une telle déclaration, il s’emporte et menace Tirésias. Il cherche alors un coupable en la personne de Créon, qui lui recommanda l’intervention du devin. Il croit à une machination, un complot.

Jocaste, sa femme, intervient à ce moment dans cette controverse et cherche à le convaincre de ne pas croire aux oracles. Elle lui raconte qu’elle reçut des prophéties qui ne se sont pas produites « un oracle arriva jadis à Laïos (…) le sort qu’il avait à attendre était de périr sous le bras d’un fils qui naîtrait de lui et de moi. Or, Laïos (…) ce sont des brigands qui l’ont abattu, au croisement de deux chemins et l’enfant (…) Laïos (…) l’avait fait jeter sur un mont désert. » Cependant une série de rebondissements s’en suit.

1) OEdipe se souvient alors qu’il a tué un homme « au croisement de deux chemins ». Il commence à se soupçonner. Il veut aller plus loin dans l’enquête et souhaite parler au serviteur de Laïos qui fut rescapé de l’attentat. Lui seul a vu le ou les assaillants et peut témoigner.

OEdipe raconte alors à Jocaste, son origine et pourquoi il a dû fuir Corinthe « mon père est Polybe, roi de Corinthe  ma mère Mérope, (…) pendant [un] repas au moment du vin, dans l’ivresse, un homme m’appelle « enfant supposé » (…) alors sans même prévenir mes parents je pars pour Pythô ; et là Phoebos me renvoie (…) le plus lamentable destin : j’entrerais au lit de ma mère, je ferais voir au monde une race monstrueuse, je serais l’assassin du père dont je suis né. »

2) un messager de Corinthe vient apprendre à Œdipe que Polybe est mort. Il va même plus loin en lui rapportant qu’il n’est pas le fils de Polybe. C’est ce corinthien qui autrefois avait trouvé Œdipe enfant « dans un val du Cithéron boisé » un berger lui avait remis ce bébé aux pieds percés. Il le confia à Polybe et à sa femme qui désiraient depuis longtemps un enfant qu’ils ne pouvaient avoir. Il est donc bien un fils adopté. Mais qui sont alors ses véritables parents ? Il veut connaître la vérité et envoie chercher ce berger.

3) il apprend de sa bouche qu’il est bien le fils de Laïos et que c’est Jocaste, sa vraie mère, qui a voulu abandonner son fils pour échapper à une terrible prophétie  « elle avait peur d’un oracle des dieux »

Désormais la vérité est évidente et irréfutable

« Je me révèle le fils de qui je ne devais pas naître, l’époux de qui je ne devais pas l’être, le meurtrier de qui je ne devais pas tuer ». Les conséquences sont dramatiques. Jocaste, se suicide en se pendant au plafond de sa chambre, Œdipe se crève les yeux « ainsi ne verront-ils plus ni le mal que j’ai subi, ni celui que j’ai causé (…) de quels yeux, descendus aux enfers  eussé-je pu si j’y voyais, regarder mon père et ma pauvre mère. »

Œdipe, aveugle, est alors condamné à l’exil mais accompagné de ses deux filles/soeurs Ismène et Antigone.

 

Le crime du père[3]

 

Le premier point à mettre en lumière, à la lecture de Sophocle et des différentes versions du mythe[4], tient au comportement des parents d’Œdipe, notamment du père, Laïos, le roi de Thèbes. Il faut remonter bien avant la naissance d’Œdipe et « fouiller » à la manière d’un archéologue dans la jeunesse de Laïos.

Laïos est encore qu’un enfant quand il perd son père, le roi de Thèbes, Labdacos. Il est cependant chassé de la succession du trône du défunt spuverain, et de sa cité natale. Il trouve refuge chez le roi Pelops. Le jeune Laïos tombe amoureux du fils du roi, Chrysippe, et le harcèle pour avoir une relation sexuelle avec lui. Chrysippe pour échapper à l’emprise de Laïos se tue. Son père, poussé par la colère et le chagrin, lance alors contre Laïos une imprécation qui condamne sa race (sa lignée) au tarissement, au bannissement. Le destin d’Œdipe semblait donc scellé avant qu’il ne naquît, car il était un enfant qui ne devait pas naître.

Lorsque Laïos apprend la prophétie de l’oracle de Delphes, que son fils causerait sa mort, il n’hésite pas à demander à l’un de ses serviteurs d’abandonner son nouveau-né dans la montagne pour qu’il soit dévoré par les bêtes sauvages ou par les oiseaux. Non seulement il ne veut pas se salir les mains mais il préfère sacrifier sa propre progéniture plutôt que de risquer sa vie, et qui plus est, il agit en pleine conscience.

En contraste, Œdipe tue son père en parfaite méconnaissance[5], ignorant que l’homme qui meurt sous ses yeux est son géniteur. Nous serions alors tentés de dire que le premier « crime fondateur » de ce mythe tient au père.

Nous pouvons mettre en parallèle, l’attitude du père de Danae qui jette à la mer sa propre fille et son bébé (Persée) pour échapper lui aussi à la prophétie de l’oracle qui lui avait prédit que son petit-fils le tuerait. Dans ces deux mythes, non seulement la peur d’une mort annoncée n’est pas assumée, mais elle pousse l’homme dans son pire retranchement : tuer sa propre descendance, autrement dit, nier sa « survie ».

 

 

Le châtiment

 

Un autre point essentiel à fouiller est le moment où Œdipe se crève les yeux. Pourquoi un tel geste aussi cruel et atroce à son égard ?

Œdipe est intelligent, il est le seul capable de résoudre l’énigme de la Sphinge[6], pourtant il ne cesse de se tromper, il tue un homme ; c’est son père, il épouse une femme ; c’est sa mère, il a des enfants avec elle ; ce sont ses demi-frères et demi-sœurs. A chaque fois il brise un tabou social (parricide, inceste) sans même le voir. A quoi lui servent alors ses yeux ? à se tromper… il ne voyait pas qu’ils provoquaient son propre malheur. Tout ce qu’il avait sous sa vue était le contraire de la réalité. Dès lors qu’il apprend qu’il couchait avec sa mère et qu’il a tué son père, il se sent coupable et s’en prend à la source de ses « crimes » : ses yeux.

A aucun moment il ne rejette la faute sur son père qui l’a abandonné et qui a voulu s’en débarrasser. Il ne doute pas de sa responsabilité. Il se mutile pour se punir et par la même pour ne plus voir les apparences qui l’ont conduit à sa tragédie[7].  

Pouvons-nous dire pour autant que ce châtiment est une délivrance ? Difficile de répondre par l’affirmatif, Œdipe veut mettre fin à une souffrance (être face à une insupportable vérité) mais en recourant à une violence à son égard. Il semble que c’est le prix qu’il doit payer pour continuer de vivre, car à la différence de Jocaste[8], sa mère (qui était devenue son épouse et la mère de ses enfants)  il ne se suicide pas. Tuer (lui-même) n’est pas sa réponse, est-ce là un écho raisonné et assumé à l’intention originelle de son père à son égard ?

 

 

L’ignorance

 

Il ne faut pas oublier, qu’avant d’apprendre la vérité de ses origines, Œdipe ignore tout de celles-ci. Il se croit le fils de ses parents adoptifs, le roi de Corinthe Polybe et sa reine Mérope. Il pense même être un roi légitime, c’est le peuple de Thèbes qui l’a imposé en récompense de sa victoire sur la Sphinge. Tout le problème vient de là : il ne sait pas qui il est. Et quand il l’apprend c’est trop tard, le mal a déjà répandu son venin. Pourtant sa conscience l’accuse, malgré toutes ces circonstances pour le moins atténuantes.

Pourquoi alors une telle sentence à son égard ? Il faut peut-être comprendre que la faute revient toujours au fils, jamais au père, au nom d’un principe hiérarchique. Ou alors que l’homme est toujours responsable de ses actes même quand il agit dans l’ignorance. L’énucléation d’Œdipe, paradoxalement, l’éloigne de l’ignorance, autrement dit des apparences, ces formes visibles qu’il prenait pour ce qu’elles n’étaient pas. Se rapproche-t-il pour autant de la sagesse ? Rien n’est moins sûr. D’après certains récits Œdipe, après cet acte, aurait erré à travers le monde accompagné de sa fille/demi-sœur Antigone. L’errance, le bannissement c’est la punition qu’Œdipe lui-même avait prévu pour le meurtrier de Laïos. D’une certaine manière Œdipe applique une logique implacable, tout son destin lui a échappé, en aucune manière il n’a pu empêcher le cours des choses mais il semble assumer ses actes.

 

 

La quête de soi

 

Nous pouvons nous demander, également, si la quête de soi, de ses origines, de son identité est pour l’homme souhaitable. Avant d’être forcé de tout révéler, le devin Tirésias ne désirait pas parler pour épargner à Œdipe une vérité trop cruelle « les malheurs viendront bien seuls : peu importe que je me taise et cherche à te les cacher [9]». Œdipe lui-même nie les révélations de Tirésias, il refuse de voir l’évidence se dessiner peu à peu devant lui. Au fur et à mesure qu’il se rapproche de la vérité, la tension monte, la peur et l’effroi s’emparent de lui. Œdipe est un complexe de paradoxes : il croit savoir mais il ignore tout ;  plus il s’éloigne du lieu qu’il croit néfaste (Corinthe) et plus il se rapproche du lieu de son fatidique destin (Thèbes) ; il enquête sur le meurtrier du roi Laïos, il prononce le bannissement à son égard, finalement il découvre qu’il est l’auteur de ce crime ; en résolvant l’énigme de la Sphinge, il croit libérer les habitants de Thèbes du mal, en fait il les précipite dans le malheur ; et quand toute la vérité éclate, il tombe dans la souffrance, la disgrâce et l’errance.

Quoi qu’il en soit, à la lecture de ce mythe, nous pensons que la connaissance de soi ne peut être un repoussoir. Si une grande partie de son existence lui échappe, l’action de se mutiler n’est pas un acte de folie, dernière cette cruauté qu’il s’inflige, OEdipe apporte malgré tout une réponse choisie, délibérée.

 Il sait qui il est et d’où il vient « je suis le fils de ceux pour qui naître était un crime ». La vérité ne conduit pas inexorablement à un tel drame, ce qui n’est plus supportable, comme une lumière aveuglante, ce sont les tabous de la société qu’il a brisés : l’inceste, le parricide, et toutes leurs conséquences répandues sur lui et la ville de Thèbes. Le social et l’individu sont étroitement liés dans ce mythe, nous serions tentés de dire en interaction. Qui suis-je ? n’est pas seulement une question existentielle, elle renvoie aussi à l’image de soi dans une société (fils de, époux de, père de…). Œdipe était devenu une fournaise de confusions impossibles à surmonter pour une conscience ou pour une société : mari de sa mère, père de ses frères et sœurs, meurtrier de son père.

 

Un archétype de l’homme (άνθρωπο / anthropos)

 

Jean-Paul Vernant parle volontiers d’Œdipe comme un être « inversé, double »[10], de souverain légitime et adulé il finira exclu, rejeté comme une « souillure », exilé. Il passe d’une condition à une autre sans changer sa nature ; mari et père il se découvre incestueux et parricide. Œdipe est un mythe reversant et dont toute l’action repose sur une série de renversements. Le basculement tient à la résolution d’une énigme : qui a tué Laïos ?

Quand Œdipe découvre, par lui-même, et au terme de sa propre enquête, qu’il est le meurtrier, tout se renverse et se déverse sur lui, notamment la « souillure » que le meurtre de Laïos avait apportée sur Thèbes.

Œdipe, le seul à avoir résolu l’énigme de la Sphinge qui plongeait la cité de Thèbes dans le malheur, n’a pas su ou pu se déchiffrer[11]. Il était le contraire, un « inversé », de ce qu’il croyait être. OEdipe a voulu savoir (qui avait tué Laïos ?) il s’en est donné tous les moyens, l’interrogation lui paraissait juste, légitime, saine et fondamentale pour le bien être de son peuple. Cependant la vérité l’a dépassé et l’a renversé. D’un extrême (roi, souverain) il est passé à un autre (exilé, souillé), entre ces deux situations où est vraiment la place de l’anthropos ? Jean-Paul Vernant, à cette question, a peut-être la meilleure réponse : dans « l’interrogation »[12]. L’enjeu à cet égard est en effet double : social et individuel.

Une société a besoin de règles, de stabilité, de poser des limites, de structurer un ordre. En brisant, à son insu, les tabous de l’inceste et du parricide, Œdipe déstabilise et menace l’ordre social. Quand il met en lumière (εγο φανο / ego phano) l’origine du mal, il comprend que les transgressions qu’il a commises le rendent « monstrueux ». Il devient ainsi le pendant de la Sphinge, elle posait une énigme à la société qui ne sachant y répondre la mettait en péril. Or Œdipe était lui-même une énigme, son déchiffrement ne pouvait causer que sa perte, car c’était toute l’horreur de ce qu’il était réellement qui était découverte (meurtrier de son père, mari de sa mère, frère de ses fils et filles, avait-on déjà « vu » un tel être ?) et tout l’édifice social était également en grave danger.

Ainsi, l’enfant qui ne devait pas naître a provoqué un chaos[13] (χάος) autrement dit un retour à l’état de confusion des éléments ayant précédé le monde (κοσμος). L’homme est, successivement et naturellement, enfant, adulte et vieillard, (fils/fille, père/mère, grand-père/grand-mère) il ne peut être les trois en même temps, en une seule « voix » en une seule « forme » sous peine de devenir un monstre pour lui-même et la société. Œdipe n’est pas un coupable, il est une victime[14] de la nécessité « de l’ordre des choses » social et cosmique, défini d’ailleurs par le mythe de Prométhée qui explique que « les hommes ne naîtront plus directement de la terre [mais de] la femme [et] ils connaîtront la naissance, l’engendrement, par conséquent le vieillissement, la souffrance, la mort [15]».

 

 

 

En guise de conclusion

 

Un mythe (μϋθος / mutos) n’est pas un simple récit mais bien plutôt une transmission de la mémoire. Il est porteur d’un héritage, d’un enseignement, d’une « pédagogie » serions-nous tentés de dire. Le  mythe et la tragédie d’Œdipe mettent en lumière plusieurs aspects de l’existence humaine :

Tout d’abord, la responsabilité intergénérationnelle (le crime du père rejaillit sur le fils), ensuite l’importance des lois (limites) pour la survie de la société et de l’individu et enfin que la quête de soi est source de vérité, fût-elle « renversante ».

Œdipe est un homme de volonté, il veut savoir, il s’en donne les moyens, simplement la vérité qu’il a découverte, sur lui-même, l’a dépassé, presque écrasé mais ne l’a pas tué. Selon différentes traditions, guidé et accompagné de sa fille Antigone, il serait parvenu jusqu’en Attique, à Colonne et aurait été purifié de son « crime » par Thésée. Un oracle aurait même prédit que sa sépulture deviendrait un lieu sacré.  

 

Le mythe agirait donc comme un miroir, il nous renvoie des aspect de nous-mêmes que peut être nous ne soupçonnions pas mais qui nous invitent à mieux nous connaître, pour ne pas rester dans l’ignorance, source de tous nos malheurs.  Il est donc à la fois renseignement et enseignement, une sorte de pédagogue (παιδαγωγός) au sens grec, à savoir celui qui conduit l’enfant (que nous sommes tous) à l’école (le lieu où nous apprenons). Si le mythe n’est ni la réalité ni la vérité, il est tout au moins un guide éclairé dans un monde et une existence qui, parfois, semblent si obscurs et si difficiles à déchiffrer.

 

 

 



[1] Deux significations du nom d’Œdipe (Оιδιπους / oi dipous) sont possibles. Jean-Paul Vernant propose « bipède » (δι πους / deux pieds) autrement dit l’être humain (άνθρωπος  / anthropos). L’autre « qui a les pieds enflés» (οιδεω / être enflé ;  πους / pieds), en référence à ses chevilles percées par le serviteur du roi Laïos  pour l’accrocher à un arbre et le livrer aux bêtes sauvages. Cette blessure aux pieds est indélébile, elle le rend « boiteux », instable, déséquilibré dans sa démarche comme dans sa symbolique.

[2] Les citations sont extraites de Œdipe Roi, Sophocle (traduction de Paul Mazon) éditions Les belles lettres/Poche.

[3] Bien que dans la pièce de Sophocle, Jocaste apparaisse comme l’initiatrice de l’abandon de l’enfant, selon les autres traditions du mythe c’est bien le père, Laïos, qui veut se débarrasser de son fils.

[4] Sur les sources écrites les plus anciennes, en dehors de Sophocle, que l’histoire nous a léguées, nous pouvons mentionner, Homère l’Iliade et l’Odyssée (IXème et VIIIème Av. J.-C.) Hésiode Les travaux et les jours (VIIIème Av. J.-C.) Euripide, Phéniciennes (Vème Av. J.-C.)  Eschyle Les sept contre Thèbes (Vème Av. J.-C.) Apollodore Bibliothèque (IIème Av. J.-C.)

[5] Œdipe (le fils, adulte) et Laïos (le père) se rencontrent fortuitement au détour d’un chemin étroit. Aucun des deux ne sait qui est l’autre, ils sont chacun sur leur char et se font face. Cependant ils refusent de se céder le passage. Laïos considère que son char royal a la priorité et que c’est à ce jeune arrogant de se retirer. S’en suit une bagarre dans laquelle Laïos perd la vie. Estimant qu’il ne s’agit que d’un incident et qu’il était en légitime défense, Œdipe reprend sa route.

[6] Ce monstre, mi-lionne, mi-femme, pose aux habitants de Thèbes une énigme, « quel est l'être qui a deux pieds, trois pieds, quatre pieds sur la terre mais une seule voix  (une seule forme) ? » Ceux qui ne peuvent y répondre sont mis à mort. Seul Œdipe, en répondant qu’il s’agit de « l’homme »,  triomphe de la Sphinge qui se suicide devant sa défaite. Il délivre ainsi Thèbes de cette menace, et se voit accorder, en récompense, le trône de la cité et la main de la reine Jocaste.

[7] Le mot τραγδία / tragôdía est composé de τραγος / trágos, « bouc » et δή / ôdế, « chant », certains voient dans « ce chant du bouc » l’expression de la plainte de l’animal mené à l’autel sacrificiel, mais rien n’est moins sûr

[8] Odyssée XI : 270 : « Quant à la reine (Jocaste)… elle avait, en proie à la douleur, attaché un lacet au plafond élevé de son palais. »

[9] Œdipe roi, Sophocle, 341, Les Belles Lettres (traduction Paul Mazon).

[10] « Ambiguïté et renversement. Sur la structure énigmatique d’OEdipe roi », in Mythe et tragédie en Grèce ancienne Jean-Paul Vernant, Pierre Vidal-Naquet (tome 1) éditions La Découverte/Poche, 2001.

[11] Tirésias à Œdipe « (…) tu me reproches d’être aveugle ; mais toi, toi qui y vois, comment ne vois-tu pas à quel point de misère tu te trouves à cette heure » Œdipe roi, Sophocle, 414-416 (édition Les belles lettres/poche) traduction de Paul Mazon.

[12] Ibid.

[13] Nous renvoyons le lecteur aux répliques troublantes de Sophocle dans Œdipe roi, 437-438  (édition Les belles lettres/poche) traduction de Paul Mazon.

Œdipe – « De qui suis-je le fils ?

Tirésias – ce jour [quand OEdipe l’apprendra] te fera naître et mourir à la fois. »

[14] « (…) mes actes je les ai subis plus que commis (…) c’est sans rien savoir que j’en suis où je suis » (265 ;273) Œdipe à Colone, Sophocle, (Traduction Bertrand Chartraux) éditions Ecritures Théâtrales.

[15] In Mythe et pensée chez les Grecs, Jean-Paul Vernant, (éditions de la découverte).

Par bouyer stéphane - Publié dans : mythologie grecque
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